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Marie Gaudreau

LA FILLE ADOPTIVE

Lanctôt, Outremont, 2001
209 pages
18,95 $

L’éternelle question : La fille adoptive est-il un récit autobiographique ? En tout cas, s’il ne l’est pas, l’illusion est parfaite. Ne serait-ce que par le réalisme des noms, des situations, des états d’âme. Pas d’envolée lyrique, pas de coups de théâtre. La narratrice ‘ un « je » qui reste sans nom du début à la fin ‘ nous raconte dans une langue candide les épisodes successifs d’une vie consacrée à chercher une « famille d’adoption ».

D’emblée, une mise au point. « Je dis que je suis orpheline, mais il ne faudrait pas conclure que mes parents m’ont abandonnée : c’est moi qui suis partie. »

Partie dans sa tête, d’abord. Il faut dire qu’avec des parents qui nous enjoignent constamment de « faire de l’air » et de « s’aérer le génie », dans une famille où retentissent avec force des mots comme « grosse torche » et « ma criss de folle », partir est une option que l’on envisage rapidement, même à quatre ans.

Car c’est à peu près à cet âge que la narratrice choisit, pour commencer, de se faire adopter par le bouleau jaune qui trône à quelques pas de l’entrée de la maison. Par la suite, bien des gens passeront sur la liste de candidatures, depuis l’institutrice de la maternelle jusqu’à la commerçante chez qui elle séjournera en Espagne à la fin de son adolescence, en passant par François, son « frère siamois » (peut-on parler de premier amour ? oui, à condition de dépouiller cette expression de ses habits romanesques d’usage ‘ mais sans la départir pour autant de ses connotations humaines de trouble mêlé de plénitude).

Peu importe, au fond. Les personnages, les situations, les émotions sont là, durs et doux comme la réalité, aussi réels que la certitude et le tâtonnement, menés par un fil conducteur inspirant, et joliment exprimé d’ailleurs par l’enfilade des titres de chapitres : « La famille naturelle », « La famille de Dieu » (école primaire chez les surs), « La famille d’élection » (travail comme bénévole pendant une campagne électorale), etc.

Et puis, au fond, cette histoire est-elle moins la nôtre que celle de l’auteure ? Qui n’a pas enfermé dans un recoin de sa conscience le petit enfant « qui quémande de l’amour à d’autres, sans s’apercevoir qu’ils sont tout aussi indigents [que lui] » ? Pendant que vous lirez ce récit, gageons qu’il entrouvrira la porte.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 28 décembre 2014 à 18 h 12