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Numéro 91

Monique Durand

LA FEMME DU PEINTRE

Le Serpent à Plumes, Paris, 2003
185 pages
27,95 $

Un roman, oui, mais un roman sur lequel pèse le poids de deux vies passionnées, réelles, celles d’Evelyn Rowat et de René Marcil. Evelyn, issue d’un milieu anglophone, a connu une enfance difficile, sans affection de sa mère Noémi. Elle s’échappe de Mont-Royal pour suivre des cours de dessin à Montréal et est engagée chez Eaton, à l’atelier de chapellerie. À New York, elle devient une artiste-dessinatrice de mode, talentueuse et renommée ; sa situation financière est assurée. Elle rencontre René Marcil, issu du quartier Saint-Henri. Ils deviennent passionnément amoureux, un soir dans Central Park. Artiste-peintre, René voudrait voir passer le vent dans sa peinture et sentir les odeurs à travers ses couleurs ; il n’est jamais satisfait de ses coups de pinceau ! Il a produit des milliers de toiles ; une seule exposition dans une galerie, deux jours et demi. Il aime éperdument Evelyn, mais dans des moments d’exaspération, lui crie sa haine. Ils veulent oublier le passé, leurs origines. Ils ont faim, « [f]aim d’autres choses. Folle furieuse faim. De tout et d’ailleurs ». Ils se sont séparés et retrouvés tant de fois ! Pendant plus de 50 ans, Evelyn a tout porté et tout assumé. René a passé les deux dernières années de sa vie chez elle, à Toronto. Il est mort en 1993. Quant à Evelyn, elle serait décédée en 2001.

L’écriture est remarquable et magique. Des portraits et des tableaux alignés en courts chapitres d’environ deux pages, un peu moins, un peu plus, qui donnent au texte l’allure d’un scénario dont on pourrait tirer un très beau film. Des lettres, très poétiques pour la plupart, envoyées par René à cette femme qu’il aime. Quatre textes du grand-père d’Evelyn, disparu du domicile quand sa mère Noémi a 7 ans. Pour l’amour et la liberté ! Sur la couverture du livre : « Mme Marcil, de retour à New York, petit déjeuner à l’uf à la coque », René Marcil, New York, 1951.

Une écriture qui laisse son empreinte. La précision des mots, leurs accouplements inédits, la richesse du vocabulaire, la diversité des styles, la poésie affleurant partout, ramassée dans des lettres superbes, les images épinglées dans des chapitres évocateurs en font une histoire à lire et relire. Un enchantement !

Publié le 4 août 2003 à 16 h 31 | Mis à jour le 4 août 2003 à 16 h 31