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Numéro 94

Dominique Fernandez

LA COURSE À L’ABÎME

Grasset, Paris, 2003
638 pages
39,95 $

Michelangelo Merisi Da Caravaggio vous connaissez ? En plus d’être l’homonyme de celui qui a peint la Sixtine, c’est également un artiste né en 1573 dans un village de Lombardie, Caravaggio, et dont on dit qu’il est, sans contredit, le peintre le plus révolutionnaire de son temps. Où commence et où finit la fiction dans cette autobiographie imaginaire du peintre italien ? Cela importe peu, en fait, car l’intérêt du roman, outre l’aspect historique fort bien documenté, c’est bien davantage de montrer comment un être talentueux voué à la gloire réussit à faire de sa vie une suite ininterrompue de malheurs, de scandales et de fuites.

C’est le trépassé lui-même qui raconte sa vie dans le bien nommé roman de Dominique Fernandez La course à l’abîme, car dès son adolescence, Angelo cherche les ennuis. Voilà un garçon audacieux et provocateur qui ne recule devant rien pour défier les règles et chatouiller la vertu.

Son art, il le veut au plus près de la nature, sans compromis. Aussi l’auteur lui fera-t-il dire de son « Judith et Holopherne » : « Pour la première fois, dans un tableau, une figure hideuse était rendue au naturel, sans le plus petit début d’idéalisation. Le laid, le laidement vieux, si soigneusement écartés de leurs ouvrages par tous mes prédécesseurs y compris Michel-Ange, firent leur entrée dans les beaux-arts, dont le nom même cessa d’être adéquat ».

Roman d’une érudition qui en fera pâlir plus d’un, La course à l’abîme de Dominique Fernandez raconte le mythe de l’artiste maudit, où le vice rivalise avec le talent. Au temps où les ecclésiastiques règnent sur l’art comme sur les mSurs, Caravaggio se voit maintes fois désigné à la vindicte publique pour outrepasser les limites de l’acceptable autant dans sa façon de vivre que dans sa manière de peindre. Homosexuel, il choisit ses amants comme modèles et la sensualité qui se dégage de ses tableaux trahit immanquablement ses goûts qui, sans ses mécènes, l’auraient conduit droit au bûcher.

Voilà un long roman où les détails historiques foisonnent au point d’en rendre, malheureusement, la lecture fastidieuse.

Publié le 3 mars 2004 à 14 h 31 | Mis à jour le 3 mars 2004 à 14 h 31