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Numéro 95

Marcel Möring

LA CHAMBRE D’AMIS

Trad. du néerlandais par Emmy Bos
Les Allusifs, Montréal, 2003
104 pages
16,95 $

Marcel Möring, né en 1957, est l’un des plus importants écrivains néerlandais de sa génération. Il s’est vu récompensé pour chacun des quatre livres qu’il a publiés, entre autres par le Prix AKO de littérature, l’équivalent du Booker Prize. Son univers romanesque, unique, tient presque du conte. Un Maupassant moderne, avec les nuances descriptives, les allusions, l’étrangeté parfois et la subtilité psychologique d’un narrateur discret. Il émane de sa plume délicate qui ne cherche pas l’effet immédiat par des arabesques inutiles une sorte de classicisme. Elle construit, lente araignée, la toile d’un monde à la fois familier et magique. Le drame se tisse à l’insu du lecteur insouciant, qui se laisse bercer par une histoire où l’enfance et ses espoirs occupent le devant de la scène. Qui aurait pu croire que la petite famille du garçon de douze ans, en apparence noyau inébranlable, serait secouée par l’arrivée d’un grand gaillard, ancien compagnon d’aviation du père pendant la Deuxième Guerre mondiale ? Secouée est un bien grand mot et l’art de l’ellipse prend ici toute sa mesure. Quand le drame survient et pourrait être nommé, le rideau tombe et nous voilà vingt ans plus tard. Le drame n’en est plus un. Il devient une histoire parmi celles, le plus souvent imaginaires, qu’aime raconter l’adulte qui n’a jamais grandi : un garçon visita avec son père un voisin réparateur de poupées qui vendait aussi des modèles réduits d’avions. Ce garçon plutôt précoce pour son âge eut l’idée géniale de monter les pièces détachées et de revendre les avions avec une marge de profit à des gamins trop paresseux. Cette proposition devait sauver la famille. Les jours passèrent dans la plus intime des communions : le garçon sortait les pièces de la boîte, collait les parties les plus grosses, la mère assemblait les plus petites tandis que le père limait et peinturait. Le jour vint où il ne resta plus de modèles à assembler. C’est alors que surgirent les ombres du passé

Publié le 16 juin 2004 à 10 h 38 | Mis à jour le 29 janvier 2015 à 16 h 31