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Numéro 87

Hubert Mingarelli

LA BEAUTÉ DES LOUTRES

Seuil, Paris, 2002
176 pages
24,95 $

Pourquoi lit-on souvent qu’il ne se passe rien dans les romans d’Hubert Mingarelli ? On y trouve tant de matière sensible que sous la plume de l’écrivain chaque mot prononcé donne du corps et du sens à l’histoire. Et c’est ainsi qu’on sent qu’il se vit quelque chose dans ces pages-là. Dans La beauté des loutres, troisième roman pour adultes de Mingarelli, un homme et un tout jeune adolescent chargent un camion de moutons pour aller les vendre de l’autre côté du col. C’est leur premier voyage ensemble. Un voyage que la neige pourrait rendre difficile, et c’est ce que l’homme redoute.

Les gens qu’il a engagés avant Vito, Horacio n’a pas réussi à les garder. C’est ce qu’il tente d’expliquer au jeunot le prévenant qu’il pourrait devenir bourru si la neige se mettait à tout compliquer. Alors comment contrôler la peur ? Et les voilà partis à parler de la beauté des loutres, à penser au retour : comment, quand ce voyage sera fini, ils pourront essayer d’en voir une pour de vrai. Mais la neige mettra fin à cette légèreté et la peur aura, d’une certaine façon, raison d’Horacio. Une fois les moutons livrés et la première partie de ce premier voyage terminée, une vieille aura pitié de sa détresse et déposera brièvement, en signe de compréhension, sa main ridée sur la sienne.

Avec Hubert Mingarelli, on ignore toujours où et quand ça se passe. On est centré sur l’instant. On ne trouve pas la moindre trace d’artifice dans cette œuvre singulière, dépourvue de psychologisme, centrée sur l’humain, et plus particulièrement sur ce qui se passe (et passe) entre deux hommes. Ces deux-là ne forment pas n’importe quel couple : ils sont pères et fils (les deux premiers romans) ou patron et employé. Dans Une rivière verte et silencieuse et dans La dernière neige, ce sont les fils qui assument le récit, des fils plein d’amour pour des pères qui n’ont rien d’héroïque. Ici, on sent que Vito admire tout autant Horacio, mais cette fois, aucun des personnages n’assume la narration. À qui lui demande s’il n’a pas peur qu’on lui reproche d’écrire toujours la même histoire, Mingarelli répond :« J’ai mis plusieurs livres à parler de la même chose. Tant pis. Ça changera. Je mettrai encore plusieurs livres avant de changer à nouveau. Sinon, c’est comme si un mec qui aime bien faire du bateau n’en faisait qu’une fois » Ô joie d’apprendre que d’autres livres viendront…

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 14 janvier 2003 à 14 h 21