Patrice Locmant

J.-K. HUYSMANS

LE FORÇAT DE LA VIE

Bartillat, Paris, 2007
282 pages
36,95 $

Parmi les ouvrages parus autour du centenaire de la mort de J.-K. Huysmans (1848-1907), deux titres publiés chez Bartillat se démarquent : une monographie de Patrice Locmant, de même que la première édition intégrale des écrits sur l’art de Huysmans.

J.-K. Huysmans, Le forçat de la vie a remporté la Bourse Goncourt de la biographie 2007. Il ne s’agit pourtant pas d’une biographie conventionnelle, mais d’un portrait. Locmant retrace les étapes essentielles de la vie du romancier naturaliste et décadent en se concentrant sur son profil de chercheur d’absolu toujours déçu. L’apport capital de Huysmans à la modernité littéraire et artistique y fait l’objet d’une solide mise en lumière. Toutefois, le lecteur déjà familier avec les romans de Huysmans risque de profiter davantage que le néophyte de ce magnifique petit ouvrage. Du Paris canaille au calme de Ligugé (abbaye), Locmant nous entraîne dans les lieux qui ont compté pour le romancier en les parcourant à son tour, sondant ce qu’il nomme l’« énigmatique présence [de Huysmans] pour la postérité ». En résulte un texte envoûtant.

Avec l’intégralité des écrits artistiques de Huysmans, dont 40 retrouvés, Écrits sur l’art (1867-1905), publié sous la direction du même Patrice Locmant, est un livre à se procurer avant épuisement des stocks. On y trouve l’ensemble des essais huysmansiens sur la peinture : chroniques et comptes rendus de Salons ou d’expositions, portraits d’artistes ou études de tableaux, avec une généreuse table d’illustrations. Huysmans, ce grand oublié de la Pléiade, a été le perspicace découvreur des « indépendants » (aujourd’hui appelés « impressionnistes »). Fasciné par les symbolistes (Whistler, Redon), il s’est porté à la défense d’artistes nouveaux aussi peu conformistes que Manet, Degas ou Rops, sans se confiner à l’avant-garde picturale. À preuve, les nombreux essais que lui ont inspirés des peintres flamands et hollandais des XVIIe et XVIIIe siècles (Van Dyck, Hals). Huysmans, ce « salonnier flâneur » selon l’expression de Locmant, a été animé d’une passion peu commune à l’endroit de la peinture. C’est pourquoi les rapprochements à faire entre sa critique d’art et son art de romancier sont éclairants et sans fin. « Huysmans est un œil », disait Remy de Gourmont. « Et quel œil ! » ajouterons-nous.

Publié le 9 janvier 2015 à 18 h 48 | Mis à jour le 9 janvier 2015 à 18 h 50