Accueil > Commentaires de lecture > Fiction > SOUVENIRS DE POLOGNE

Witold Gombrowicz

SOUVENIRS DE POLOGNE

Trad. Du Polonais par Christophe Jezewski et Dominique Autrand
Christian Bourgois, Paris, 1995
267 pages
23,95 $

Witold Gombrowicz ne jouit pas au Québec de la réputation qu’il a en France où on le tient, à iuste titre à mon sens, pour un des plus grands écrivains du XXe siècle. La réédition qu’offre Bourgois de ces Souvenirs de Pologne, cycle de feuilletons écrits au début des années soixante, à l’apogée de la gloire européenne de l’écrivain, pour une station de radio de Munich qui ne les diffusera pas, réjouiera fortement ceux qui connaissent l’œuvre de l’auteur de Ferdydurke et de BakakaïQuant aux autres, peut-être les attirera-t-on un peu en leur disant que, dans sa spécificité cependant irréductible, cette œuvre est à placer près de celles de Lewis Carroll, de Jarry, de Kafka, de Bekett, de Borgès, de Nabokov, excusez du peu.

Dans ces Souvenirs, l’exilé que fut Witold Gombrowicz pendant près de trente ans passés en Argentine puis en France où il mourut en 1969, jette un regard lucide et ironique sur ses débuts d’écrivain, la vie littéraire de la Varsovie des années trente et surtout la Pologne dans ses rapports difficiles avec l’Europe, une Pologne que parfois il vitupère avec des accents qui évoquent Thomas Bernhardt pestant contre son Autriche. L’immaturité, la forme (au sens philosophique de « mode » de l’apparence), l’ambiguïté, ces thèmes rnajeurs de l’œuvre, on les retrouve dans le portrait sans complaisance qu’il trace ici de lui-même et des autres, en provocateur impénitent : « […] aujourd’hui encore j’adore me comporter en bourgeois avec les artistes et en artiste avec les bourgeois – pour agacer ».

Jouant toujours la vie contre l’art et l’art contre la vie, insaisissable, joueur, méchant et drôle, pervers et terriblement franc, classique et baroque, Witold Gombrowicz, dans ses tiraillements perpétuels, était finalement, comme il le reconnait d’ailleurs souvent dans ces pages, bien à l’image de son pays écartelé entre deux cultures : « […] je percevais que nous appartenions à l’Est, que nous étions l’Europe orientale et non pas occidentale-oui, ni notre catholicisme, ni notre aversion pour la Russie, ni les liens de notre culture avec Rome, avec Paris, ne pouvaient quoi que ce soit contre la misère asiatique qui nous dévorait d’en bas… toute notre culture était comme une fleur épinglée sur la peau d’un mouton ». Vous avez dit enracinement

Publié le 7 janvier 2015 à 18 h 49 | Mis à jour le 7 janvier 2015 à 18 h 49