Accueil > Commentaires de lecture > Fiction > IL AVAIT ÉTÉ MON ÉLÈVE…

Numéro 110

Judith N.

IL AVAIT ÉTÉ MON ÉLÈVE…

Media 1000, Paris, 2007
124 pages
11,95 $

Comme l’annonce Esparbec dans la lettre d’introduction à ces « confessions », c’est « du cru du cul et du cru, du cul cru et bio, comme la vie ! » Pas de cuit donc. Vraiment ? Pas de culture ? Que serait du cul « naturel » ? « Payer en nature », ainsi dit l’expression passant le corps propre à la casserole.

Plongeons. Une institutrice blonde de 42 ans, exhibitionniste et joliment tournée, se fait littéralement dresser par un de ses anciens élèves de 26 ans. Voilà d’emblée inversé le bandage de la Maîtresse qui deviendra pur objet de plaisir, pute et réifiée jusqu’à se qualifier elle-même de « sac à foutre ». Pointons les signifiants qui se bousculent dès l’ouverture : départ de Judith N. du palais des Papes d’Avignon, cette ville où elle s’est prostituée avec Pierre, le patron de son mari Lucien, un pervers de première. L’arrivée : Venise, et tout ce que cette ville évoque de fantasmes L’élève, Jonathan Diberga, répond aux stéréotypes attendus : le grand étalon noir costaud et bien membré. Originaire du Mali, il est photographe pour une agence de voyages et surtout, pour une revue porno. Le bazar complet de One dollar y passe : gang bang de plage, déshabillés sexy, miroirs de chambre d’hôtel, scènes de douche (y compris les golden showers) et j’en passe. Aussitôt séduite, Judith a mis au jour sans trop se laisser prier son exhibitionnisme, heureuse de se soumettre à la vengeance de son ancien élève et aux fantasmes de son mari.

Mais ce ne sont là que les préliminaires. Pierre meurt dans un accident, Lucien obtient une promotion et le voici à Berlin, confiant cette fois en bonne et due forme sa chose au bel élève, qui a déjà évoqué l’excision et même l’infibulation lors de leurs rencontres initiales. Désormais flanquée de seins refaits au goût du capital, Judith travaille à Avignon pour Jérémie, le frère de Jonathan, et leur père, Monsieur Julius. En fait, le contrat par lequel son mari prête sa femme stipule qu’il s’agit de « parfaire son éducation ». Autrement dit, elle devient une esclave sexuelle.

Devant ce scénario bateau, que dire à notre époque sans passer pour rétrograde ? Que la traite des femmes n’est pas plus acceptable que celle des enfants ou de quelque être humain que ce soit – y compris quand la victime se croit consentante. Il en va de la possibilité d’une humanité qui ne sombre pas dans la barbarie.

Publié le 20 mars 2008 à 14 h 06 | Mis à jour le 19 novembre 2014 à 10 h 50