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GREAT JONES STREET

Don Delillo

GREAT JONES STREET

Trad. de l’américain par Marianne Véron
Actes Sud/Leméac, Arles/Montréal, 2011
302 pages
33,95 $

Il aura fallu près de quarante ans pour que soit traduit en français Great Jones Street, troisième titre d’une œuvre romanesque qui en compte aujourd’hui seize. Ce roman de Don DeLillo date de 1973. Il est donc antérieur aux maîtres-livres que sont Bruits de fond (1985), Outremonde (1997) et Cosmopolis (2003), récemment adapté pour le septième art par David Cronenberg. Il précède également plusieurs moments-clés de l’histoire du rock, de l’avènement de la scène punk à l’assassinat de John Lennon ou au suicide de Kurt Cobain. Great Jones Street est moins un livre visionnaire qu’un ouvrage ancré dans le contexte qui l’a vu naître, le début des années 1970.

Le héros et narrateur du roman est Bucky Wunderlick, une rock-star évoquant à la fois Bob Dylan, Mick Jagger et Jim Morrison. Fuyant les foules et « la dévoration des néons », Wunderlick a quitté en pleine tournée le groupe au sein duquel il a connu la célébrité pour vivre en reclus à New York. Il s’est installé chez son amie Opel, dans un appartement qui ne paie pas de mine – une chambre donnant sur « des entrepôts, des camions et des gravats », située rue « Great Jones », ce segment de la 3e Rue compris entre Bowery et Broadway. L’isolement dont Wunderlick espère faire jaillir une nouvelle forme de silence ne lui permet pas de vivre complètement à l’abri des regards. Le rockeur est assailli de visiteurs : Globke, son agent ; Hanes, un musicien du groupe ; Fenig, le voisin du dessus, écrivain qui a tenté d’exploiter un terrain neuf de la littérature : la pornographie pour enfants… L’intrigue se fixe peu à peu autour de deux paquets que cache Wunderlick et qui vont susciter la convoitise : le premier contient des enregistrements inédits faits par le chanteur dans sa maison des Adirondacks ; l’autre renferme une drogue qui conduit son consommateur à n’émettre que des sons.

Great Jones Street est un texte difficile, à savourer à petits traits. Sur fond de décadence urbaine, DeLillo y scrute les tenants et les aboutissants d’une culture où l’art est soumis aux lois du marché. À lire en attendant la traduction du recueil de nouvelles The Angel Esmeralda (2011).

Publié le 1 avril 2014 à 14 h 23 | Mis à jour le 1 avril 2014 à 14 h 23