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Yves Préfontaine

ÊTRE, AIMER, TUER

L'Hexagone, Montréal, 2001
208 pages
21,95 $

Il y a plusieurs années qu’on attendait ce recueil, une attente qui est loin d’être déçue. Dix ans après la monumentale rétrospective Parole tenue, qui contenait plusieurs inédits, une voix majeure de la poésie approfondit de façon étonnamment synthétique les différents chemins tracés par des œuvres aussi distantes que Boréal et Le désert maintenant. Tout y est, des grands soulèvements métaphysiques à l’apaisement relatif d’une parole plus fraternelle, en passant par une inquiétude sociale en équilibre avec la poésie qui la porte. Tout y est : avec nombres de répétitions de vocables et une largeur d’expression qui distinguent l’auteur, mais avec une sagesse nouvelle où le grand prêtre d’autrefois module plus subtilement le sentiment du sacré qui l’habite, l’abordant sur davantage de tonalités. Malgré les apparences, la trilogie verbale qui donne son titre au recueil ne recouvre en fait que les trois sections initiales ; recentrant d’abord sa conscience sur le potentiel ontologique de la poésie, l’auteur recadre ensuite son intention dans un lieu amoureux où la présence d’autrui se voit enfin assigner un sens, pour enfin affronter de nouveau l’horreur historique dont l’introduction faisait part. Cette troisième partie, « Le verbe-tuer », est aussi courte que foudroyante, possédant à la fois la violence du Vierge incendié et le vertige jazzé de « Arbres » de Paul-Marie Lapointe. De quoi rappeler à tout poète sa fonction de veilleur, en plus de donner une leçon de maîtrise du Thanatos dans l’écriture. Complètent ce recueil saisissant trois autres sections assez courtes où se révèle une troublante fragilité.

Il y a là du remords, peut-être de la réconciliation, mais encore en sourdine cette volonté de faire coïncider les différentes avenues empruntées par la parole de Yves Préfontaine depuis les années 1950. Si ce dernier peut toujours être accusé de parler trop abondamment, au prix de plusieurs vers qui se défendent mal si on les prend isolément, on ne confondra pas avec une pure rhétorique ce chaleureux déferlement, où se cherche désespérément une cohérence dans le chaos désirant qui transpire encore de la page. Le prochain défi, après cette somme bouclant plusieurs boucles, pourrait bien être de faire table rase.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 6 février 2015 à 19 h 53