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Numéro 95

Michel Bibaud

ÉPÎTRES, SATIRES, CHANSONS, ÉPIGRAMMES ET AUTRES PIÈCES DE VERS

Les Herbes rouges, Montréal, 2003
223 pages
14,95 $

La réédition à l’identique de 1969 étant depuis longtemps épuisée, la présente reprise par Les Herbes rouges de l’unique recueil du journaliste, historien et poète Michel Bibaud s’imposait à nouveau ; moins, par contre, à cause des qualités intrinsèques de ses 59 poèmes, beaucoup s’en faut, qu’en tant qu’œuvre fondatrice. En 1830, en effet, Épîtres, satires, chansons, épigrammes et autres pièces de vers fut le « premier recueil de poésie publié par un canadien-français [sic] », comme le rappelle à bon droit le présentateur, Bernard Pozier : ce référent historique sert de repoussoir à l’abondante production qui allait s’intensifier au fil des décennies. C’est d’ailleurs avec raison que Michel Bibaud, voulant « [e]n dépit d’Apollon […] être poète », « implore indulgence » auprès du lecteur.

Plutôt que d’aborder l’œuvre sous l’angle documentaire, Bernard Pozier cherche à établir des filiations avec les écrits ultérieurs ; mais ce, il faut le dire, avec plus de bonne volonté et de sympathie que de pertinence. Il affirme par exemple sans broncher : « […] on ne peut lire ‘Le vin d’Espagne’ [de Bibaud] sans pressentir ‘La romance du vin’ [de Nelligan] » ; il voit de même dans « Les rimes en ec » le germe du « formalisme, par [le] constant souci [de l’auteur] de réfléchir sur ce qu’il écrit ». En revanche, le présentateur souligne avec justesse la variété « de formes, de sujets et de tons » de Michel Bibaud, qui se présente tour à tour comme moraliste, humoriste, censeur, ironiste, dénonciateur politique (notamment de l’Union des deux Canadas, dont le projet était dans l’air dès les années 1820)… Comme la tradition en était déjà implantée dans la presse de son époque, le poète pratique aussi le genre des « étrennes », compose des paroles sur des airs connus et s’adonne à des traductions ou à des imitations d’auteurs latins ou anglais. La présence des classiques y est fort sensible, entre autres celle d’Horace et de Boileau, convoqués huit et quatre fois respectivement, et celle de La Bruyère également, qui a sans doute servi de modèle aux types décrits dans les « satires » et dans les « bons mots ».

La présente édition corrige heureusement presque toutes les coquilles du recueil de 1830 et modernise l’orthographe ancienne. Elle offre par ailleurs à au moins deux occasions, sans explication, un texte augmenté par rapport à l’original. Pour cette raison, comme pour de multiples autres au demeurant, une édition critique de ce recueil fondateur est depuis longtemps une nécessité.

Publié le 15 juin 2004 à 11 h 20 | Mis à jour le 15 juin 2004 à 11 h 20