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Guy Dupré

DIS-MOI QUI TU HANTES

Du Rocher, Monaco, 2003
546 pages
35,25 $

François Nourissier, dans Le Figaro Magazine, a dit de Guy Dupré qu’il est « prisonnier d’une thématique obsessionnelle ». Voilà le type de hantise dont il est question dans ce livre. Déjà Les fiancées sont froides, le premier roman de Guy Dupré publié en 1955, prenait fin en évoquant « la hantise de ce qui brise et lie les cœurs dans le temps ». Écrivain hanteur d’écrivains, tels Barrès, Apollinaire, Dorgelès, Bernanos, Green, Mandiargues ou Abellio, Dupré revisite les étapes du long conflit d’un demi-siècle qui opposa les Français aux Français, « la guerre franco-française, commencée avec la dégradation du capitaine Dreyfus pour finir avec la fusillade du colonel Bastien-Thiry », ce partisan de l’Algérie française qui perpétra contre de Gaulle l’attentat du Petit-Clamart en 1962.

Dis-moi qui tu hantes est une anthologie d’articles parus depuis quelque cinquante ans dans différents périodiques, tels Combat, où Guy Dupré avait libre tribune, ou La Parisienne, où il Suvrait à titre de journaliste littéraire. L’intérêt marqué de l’auteur pour les « écrivains soldats », des lieutenants Psichari et Alain-Fournier au Ernst Jünger « casqué d’acier », est le fil conducteur des deux premières sections du livre, « Douze ans en 40 » et « Cendres chaudes ». Aux coulisses de la Grande Guerre, scrutées à la loupe, s’ajoutent d’autres hantises majeures, telles que ce livre nous permet d’en juger : l’histoire des sociétés secrètes, dont la franc-maçonnerie serait la plaque tournante, ou encore les héritages conjoints du romantisme allemand et du surréalisme français. La troisième section, « Ondes porteuses », dénote une perspective élargie : on y commente un échantillon varié d’auteurs, qui va de Marguerite Yourcenar à Annie Le Brun, sans compter Edmond-Henri Crisinel et Léon Daudet (« Un Rabelais au vitriol », sur Les Morticoles et Le Voyage de Shakespeare) – ces deux dernières recensions comptant, avec « Nationalisme notre mémoire », « La feue France » et « No woman’s land » (sur Jünger) parmi les plus belles pages du recueil.

Sous le visage de Dupré, l’auteur, transparaît constamment celui du lecteur, qui cite, paraphrase, aligne les références inter- et extratextuelles. On y goûte une prose d’une tendresse froide, d’un style « oratoire et scellé ».

Publié le 15 juin 2004 à 9 h 54 | Mis à jour le 15 juin 2004 à 9 h 54