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Narcisse-Henri-Édouard Faucher De Saint-Maurice

DE QUÉBEC À MEXICO

Trois-Pistoles, Trois-Pistoles, 2004
489 pages
24,95 $

Narcisse-Henri-Édouard Faucher de Saint-Maurice fut l’un des écrivains québécois les plus prolifiques du XIXe siècle. En 1864, avide de gloire militaire, il se rend au Mexique pour servir comme officier dans l’armée du corps expéditionnaire français de l’empereur Maximilien. Blessé, fait prisonnier puis échangé, il revient finalement au pays en 1866. Il publie alors le récit de ses aventures dans la Revue canadienne (1866-1867), récit qu’il réédite en deux volumes en 1874, puis en 1875 (édition abrégée), 1878, 1880 et 1881. La collection « La Saberdache » des éditions Trois-Pistoles, conformément à sa mission de « donner à lire les textes importants du patrimoine québécois », réédite ce récit dont John Hare disait, en 1964, qu’il « est un des mieux réussis et des plus intéressants de toute la littérature de voyage au Canada français ». Il faut dire que Faucher de Saint-Maurice est l’un des premiers Canadiens à proposer sa vision du Mexique de l’époque. Mais surtout, son récit de voyage a ceci de particulier qu’il n’est pas entrepris dans un but scientifique, apostolique ou touristique, mais correspond plutôt à un projet de nature « autobiographique ». À l’instar des récits de voyage romantiques français de l’époque, on y trouve en effet juxtaposés deux types de discours, l’un obéissant à la démarche du chroniqueur ou du « reporter » qui observe et décrit le pays parcouru pour informer le lecteur, l’autre relevant de l’écriture intimiste. À la limite, détourné de son objet référentiel, c’est-à-dire le Mexique, le récit devient à maintes reprises pour Faucher de Saint-Maurice l’occasion de se mettre en valeur (réceptions mondaines, exploits militaires, etc.) et de faire l’étalage de son érudition, de ses nombreuses connaissances livresques, voire de ses états d’âme. À défaut de pouvoir s’adonner à des genres intimistes souvent jugés futiles ou suspects par la critique moraliste québécoise du XIXe siècle, Faucher de Saint-Maurice semble donc avoir été tenté d’y parvenir autrement, notamment en faisant de ses souvenirs de voyage, de garnison, de combat et de bivouac un lieu d’incubation et d’expérimentation de l’esthétique intimiste. À ce titre, son récit aura constitué le foyer inattendu d’une certaine modernité.

Publié le 15 juin 2004 à 9 h 57 | Mis à jour le 15 juin 2004 à 9 h 57