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Numéro 121

David Finkel

DE BONS PETITS SOLDATS

Trad. de l’américain par Jean-Paul Mourlon
Robert Laffont, Paris, 2010
335 pages
32,95 $

David Finkel est rédacteur au Washington Post. Pendant une année entière, d’avril 2007 à avril 2008, il a été témoin de la vie quotidienne des membres d’un bataillon d’infanterie américain déployé en Irak. Pendant tout ce temps, il a partagé les joies, les inquiétudes et les douleurs des hommes du 2-16. Il s’est particulièrement intéressé à la vision du lieutenant-colonel Ralph Kauzlarich, l’officier à la tête du bataillon. « Il avait quelque chose qui posait problème à l’armée, bien qu’elle ait continué à le faire monter en grade. Il y avait du perdant chez cet homme, ce qui le rendait instantanément sympathique [ ]. » Bien sûr, les responsabilités confiées à Kauzlarich lui interdisaient de manifester quelque défaitisme que ce soit. Il ne pouvait qu’endosser les stratégies et les opérations aux noms euphémiques, voire poétiques ‘ tels que Nouvelle Marche en avant, Montée en puissance ou Liberté irakienne ‘ lancées par les autorités supérieures. D’ailleurs, c’est avec enthousiasme et optimisme qu’il les cautionnait, car il avait la conviction que lui et ses hommes joueraient un rôle utile, voire important, dans l’instauration de la liberté et de la démocratie en Irak.

Le récit de Finkel débute le 6 avril 2007, c’est-à-dire le jour où un premier soldat de l’unité perd la vie. Son sort sera plus tard partagé par treize de ses camarades. Il y aura aussi ceux, plus chanceux, ou plus malchanceux, selon le point de vue, qui s’en tireront avec des blessures qui les laisseront souvent affreusement mutilés. Et la pression subie par tous les membres de l’unité, constamment sous la menace de l’explosion d’une bombe placée sur le trajet de leur Humvee ou d’une roquette lancée sur leur base. Et le dilemme de savoir quand il faut tirer, ou non. Tout cela ne pourra que miner, peu à peu, insidieusement, les hommes, même les plus coriaces.

Et Kauzlarich dans tout ça ? Finira-t-il par perdre un peu de son optimisme ?

Ce qui est certain, c’est que cet ouvrage de David Finkel constitue un témoignage à la fois précieux et poignant de ce qu’est la vie des soldats américains combattant en Irak (et, par extension, des combattants américains et canadiens en Afghanistan). Il sera à coup sûr considéré comme une référence de première main sur cette question et ne laissera personne indifférent.

Publié le 4 décembre 2010 à 12 h 43 | Mis à jour le 26 décembre 2014 à 8 h 41