Monique Bosco

CES GENS-LÀ

Hurtubise HMH, Montréal, 2006
178 pages
19,95 $

« À notre tour, nous voilà prisonniers de la chambre de Tante Léonie, et comptant sur Françoise pour nous tenir au courant de ce qui se passe dans le village », de plaisanter Monique Bosco. Autre temps, autres mœurs ; chez Monique Bosco, c’est la télé qui joue le rôle de Françoise, la télé qui fait entrer le monde extérieur, non pas les potins du village comme chez la Tante Léonie de Proust, mais bien les soubresauts de la planète entière. De son propre aveu, Monique Bosco, née en 1927, figure «dans les rangs des survivants de l’âge », d’autant plus que rongée par un cancer, son corps ne suit plus. Par contre, son esprit est à l’affût de tout ; dans Ces gens-là, elle scrute la marche du monde, de mars 2003 à décembre 2004, jour après jour, dévoreuse de la presse et du petit écran. Elle décrit et commente les images des guerres, plus horribles les unes que les autres, les catastrophes naturelles, les événements politiques tels les conventions démocrate et républicaine aux États-Unis, jusqu’aux funérailles de l’ex-président Reagan, et j’en passe. Aux considérations sur le sort des peuples, Monique Bosco juxtapose ses observations sur des vicissitudes de l’âge et de la maladie. Un ton parfois ironique, jamais plaintif, toujours lucide. Elle réfléchit, en femme éclairée par ses lectures et ses expériences, elle qui, née à Vienne de parents juifs, a grandi en France et a connu l’Occupation avant de s’installer au Canada en 1948. Ainsi, par exemple, citant La prison juive, de Jean Daniel, elle voit en Israël un ghetto, non seulement pour ses habitants, mais pour tous les juifs qui « comprirent vite que, désormais, on les classait comme citoyens d’Israël plutôt que ressortissants français, anglais, italiens».

Toutefois, malgré la revue des horreurs qui sévissent sur la planète, Ces gens-là contient un soupçon d’espoir. L’éloge du compromis d’Amos Oz, qu’elle fait sien, est le signe du réalisme optimiste qui anime encore l’écrivaine. « Pour moi, le mot compromis signifie vie. Et le contraire du compromis n’est pas pour moi l’idéalisme ou le dévouement. Le contraire du compromis pour moi, c’est le fanatisme et la mort. » Le titre de l’essai, Ces gens-là, comprend cette vision, car, s’il désigne les autres, les étrangers, ceux qui pensent et agissent différemment de soi, il rappelle à chacun qu’il est, lui aussi sous quelque rapport, parmi ces gens-là pour autrui.

Publié le 17 juin 2006 à 12 h 28 | Mis à jour le 3 mars 2015 à 16 h 59