Accueil > Commentaires de lecture > Essai > L’ÉCRIVAIN AU CINÉMA

Numéro 103

Steven Bernas

L’ÉCRIVAIN AU CINÉMA

L'Harmattan, Paris, 2005
260 pages

Cet essai théorique – touchant indirectement l’histoire du cinéma – évoque la figure de l’écrivain dans un certain nombre de longs métrages français : ceux de Truffaut, Godard, Robbe-Grillet, Luc Besson, mais aussi Woody Allen, Wim Wenders et David Cronenberg. Il ne s’agit pas vraiment d’un livre exhaustif sur les films en soi, ni d’une synthèse sur les différents types d’écrivains apparaissant au cinéma, mais plutôt d’une méditation aux accents philosophiques sur le statut de l’écrivain, sur l’écriture du film et la scénarisation, sur des questions de réalisme au cinéma. En conséquence, la plupart des films mentionnés tout au long de ce livre ne sont pas analysés ni résumés, mais seulement cités au passage à titre d’exemples, dans une démonstration plus large et plus générale.

Pour Steven Bernas, qui enseigne à l’Université de Nancy, l’auteur (du livre comme du film) crée des mondes qui doivent obéir à certaines règles et se référer plus ou moins à la réalité. « […] le cinéma fait appel à l’imaginaire bien plus qu’à la réalité. L’écrivain est acteur et membre du système social au sein de la fiction filmique. » Le cadre conceptuel de cette démonstration emprunte aux théories du cinéma, à la philosophie de Gilles Deleuze, de Bergson, et principalement à Roland Barthes (Le degré zéro de l’écriture). Les problèmes soulevés intéresseront autant les théoriciens de la littérature que les sociologues du cinéma; on y aborde la question de la mise en abyme, le problème de l’impression de réalité au cinéma : « Comment construire une subjectivité littéraire ou cinématographique qui tienne compte de la réalité du monde et du mode de la représentation ? »

Le style de l’auteur est à la fois intuitif et assez éclectique. On s’étonne toutefois de ne pas trouver dans un livre universitaire la source de tous les exemples mentionnés : on n’a pas fourni de date pour certains exemples, comme l’entretien de Truffaut sur le tournage d’un film, ou tel cours de Sergeï Eisenstein.

En dépit de certains écarts, L’écrivain au cinéma constitue un essai exigeant sur les multiples dimensions de l’écriture et de la création, rédigé dans la tradition académique française, qui peut ouvrir des avenues de réflexion originales pour la recherche future en théories littéraires et cinématographiques.

Publié le 17 juin 2006 à 12 h 25 | Mis à jour le 17 juin 2006 à 12 h 25