Numéro 106

Patrick Brisebois

CATÉCHÈSE

Alto, Montréal, 2006
93 pages
18,95 $

Patrick Brisebois, qui avait démarré sa carrière avec la défunte maison l’Effet pourpre, nous revient cette fois avec l’éditeur Alto. Dans Catéchèse,un roman qualifié de « terroir et d’anticipation », il nous propose un mélange générique inusité. Notons que l’action se déploie en deux temps. D’abord, le narrateur nous présente ses personnages : ceux-ci évoluent dans le sordide village de Sainte-Virginie, situé dans le comté imaginaire de Mauvouloir. « C’est un endroit où tout le monde se connaît, où chaque jour est le même. » Dans cette morne bourgade, on retrouve certains personnages typés, tels le curé pervers ou la vieille fille prude, mais aussi des individus plus tordus : Violaine Murray et Sue Ironblood, les deux protagonistes. La première est l’aînée d’une famille de trois filles, une famille reconnue pour ses mSurs irréprochables. Quant à Sue, l’Amérindienne, elle incarne le mal et le vice. Entre ces deux êtres se développe une curieuse relation teintée de sauvagerie et d’érotisme.

Dans sa seconde partie, le récit fait un bond dans le temps. On retrouve alors Violaine et Sue dans une ville, une vingtaine d’années plus tard. Violaine a perdu son lustre d’antan ; dans sa « tour », esseulée devant un « vidéophone [qui] reste muet », elle se souvient de Sue. Le livre prend ici des allures futuristes, de là son étiquette de roman « d’anticipation ». Toutefois, il s’agit d’un futur suranné, étrangement démodé. Question de brouiller les cartes, l’auteur joue avec les concepts de dédoublement et de mise en abîme. Dans sa nouvelle vie, Violaine, employée d’une compagnie, conçoit une « simulation », c’est-à-dire un jeu virtuel dans lequel elle recrée le passé partagé avec Sue. Vers la fin du roman, les personnages finissent par se dédoubler et se confondre. Le récit revient ainsi sur lui-même, et dans les dernières pages, le début du roman refait surface.

Cette œuvre, concise et énigmatique, parvient ainsi à croiser deux types d’univers romanesques à première vue inconciliables. Il en résulte, on doit le dire, un ensemble insolite, mais cohérent.

Publié le 10 mars 2007 à 11 h 57 | Mis à jour le 10 mars 2007 à 11 h 57