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Numéro 105

Ronald Wright

BRÈVE HISTOIRE DU PROGRÈS

Trad. de l'anglais par Marie-Cécile Brasseur
Hurtubise HMH, Montréal, 2006
221 pages
19,95 $

Ce pamphlet aurait bien pu s’intituler Procès du progrès, tel un réquisitoire de plus contre l’Occident, la démesure du pouvoir, la violence inutile, la bêtise humaine. Le « progrès » auquel réfère ici Ronald Wright dans sa Brève histoire du progrès n’est pas entendu comme l’amélioration de notre qualité de vie rendue possible par la technique et la morale ; bien au contraire, l’essayiste et romancier canadien dénonce plutôt les dérives de l’industrialisation, de la pollution et les injustices sociales depuis 10 000 ans. Les exemples de quatre civilisations disparues sembleront familiers : l’Île de Pâques, Sumer, la Rome antique, l’Amérique d’avant 1492 (et particulièrement la civilisation des Mayas). Selon l’auteur, « la plupart des gens appartenant à la tradition culturelle occidentale continuent de croire en l’idéal victorien du progrès ». Or, le progrès peut apporter son lot d’abus.

Le premier chapitre relance les trois questions énoncées dans un célèbre tableau de Paul Gauguin : « D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? » Dans les quatre chapitres suivants, les références littéraires et mythiques abondent pour décrire la décadence de notre monde : Icare, Prométhée, Pandore et le roman utopique Erewhon ou De l’autre côté des montagnes de Samuel Butler. Pour appuyer sa démonstration et décrire les imperfections de l’humanité, l’auteur fournit une foule de références, ainsi qu’une étude détaillée des sous-genres littéraires ayant émergé de l’Angleterre à la fin du XIXe siècle, comme la science-fiction, le roman satirique, le roman apocalyptique.

Contrairement à ce que suggère son titre, cette Brève histoire du progrès n’est pas vraiment un livre d’histoire, mais s’apparente davantage à un essai, rapportant sur un ton pessimiste et désenchanté une suite d’injustices et de désastres orchestrés au nom du « progrès ». Que faire alors pour empêcher le monde de sombrer ? L’auteur ne le dit pas vraiment, mais nous encourage à agir rapidement, même si l’imperfection de notre société semble incurable. Donc à quel lecteur se destine cet essai ? Pour paraphraser un poème de Baudelaire, « à celle [ou à celui] qui est trop gaie ». Seuls les pays prospères peuvent s’amuser de ce genre d’autocritique.

Publié le 26 novembre 2006 à 14 h 41 | Mis à jour le 1 février 2015 à 10 h 39