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BLEU TOUT-PUISSANT

Stéphane Ledien

BLEU TOUT-PUISSANT

Lévesque, Montréal, 2014
212 pages
25 $

Depuis plusieurs années, de nombreux créatifs d’agences publicitaires font le grand saut en littérature. Au rang des réussites les plus exemplaires figurent en bonne place les Frédéric Beigbeder ou François Barcelo, pour ne nommer qu’eux. Avec son premier roman, Bleu tout-puissantStéphane Ledien, Français d’origine, rejoint ce groupe de transfuges de façon un peu moins convaincante. Mauvais accords et fausses notes retiennent malheureusement l’attention dans cet hommage plutôt tiède à la toute-puissante musique blues.

Gaspard Méricam travaille pour une agence de publicité le jour et vibre au son des nombreuses jam sessions improvisées quand tombe la nuit. Jusqu’au moment où il décide de tout plaquer pour se consacrer exclusivement à sa passion. C’était bien sûr sans compter qu’Owen Rickenbaconfield, un artiste de renommée internationale, viendrait un jour le photographier et en profiterait du même coup pour lui dérober son âme. Tout s’écroule alors pour Gaspard : il perd l’envie de sa ravissante voisine, Mélanie, ainsi que la frénésie du blues qui l’habite sur scène. Afin de conjurer ce spleen fulgurant, il fait appel au père Lalancette, puis à Yolanda et à ses mystérieuses techniques vaudou, sans toutefois obtenir le succès escompté. Puis, accompagné d’Antoine, parrain et ancien patron, il décide de partir, empruntant la mythique route 61 pour se rendre jusqu’à La Nouvelle-Orléans.

À cette intrigue vaudevillesque s’ajoutent un style prolixe et un goût pour la contrepèterie parfois douteux. Les premières pages offrent de nombreuses fleurs de rhétorique qui laissent songeur : des formules comme « dans un soupir à déballonner une montgolfière », « un pécule qui fondait comme neige sous une lampe à UV » ou encore « Je l’admire détestablement. Ou le déteste avec admiration » versent dans la facilité. Certes, Ledien délaisse progressivement ses pirouettes stylistiques pour découvrir son ton, moins m’as-tu-vu, mais il ne parvient pas à faire oublier la trame narrative échevelée, la finale tarabiscotée et le voyage qui tombe à plat sans avoir jamais vraiment décollé. Le « road trip existentiel » annoncé par le prière d’insérer est d’ailleurs évacué en quelques pages seulement. Comme Gaspard, Bleu tout-puissant se cherche et ne se trouve malheureusement pas. Un roman rempli de bonnes idées, trop, peut-être.


Publié le 9 juillet 2015 à 15 h 00 | Mis à jour le 1 septembre 2015 à 20 h 43