Amphibien

Carla Gunn

AMPHIBIEN

Trad. de l'anglais par Myriam Legault
Prise de Parole, Sudbury, 2013
311 pages
24,95 $

La Néo-Brunswickoise, professeure de psychologie et ergothérapeute, confie avoir mis plusieurs années à écrire ce roman, son premier. À sa sortie, il a fait l’objet de critiques élogieuses et a depuis été traduit en plusieurs langues. Manifestement, Amphibien a demandé des recherches minutieuses sur les animaux, notamment sur les espèces menacées.

Une documentation abondante qui se trouve transposée chez le personnage principal et narrateur, Phin. Une encyclopédie vivante, chose d’autant plus étonnante que Phin est un gamin de neuf ans. Il connaît toutes les caractéristiques des animaux et les menaces que leur fait encourir la course au progrès des humains. Ainsi, reconnaît-il tout de suite l’espèce – et le sexe – à laquelle appartient la grenouille que la maîtresse introduit comme animal de compagnie dans sa classe de quatrième année : une rainette de White. Quel drôle de choix, pense Phin. Ne dort-elle pas toute la journée pour ne se mettre en mouvement que la nuit ? Est-ce là un bon compagnon ? Et sortir cet amphibien de son habitat naturel pour l’emprisonner dans un aquarium n’a rien de génial ! Ainsi, s’il est bouleversé par la séparation de ses parents, Phin est obsédé, angoissé au point de faire de l’insomnie, tant il est préoccupé par l’exil de la grenouille Cuddles (en français : caresse), nom qu’il a suggéré par ironie et qui a été tiré au sort. Le réchauffement de la planète, les conséquences de la fonte du pergélisol sur les espèces animales, la destruction des habitats naturels, les fermes d’élevage industriel, etc., etc., génèrent chez lui une forme d’intransigeance qu’il fait subir à sa mère, qui en arrivera à le priver de la Green Channel, chaîne en dehors de laquelle, à l’exception de Discovery, il dit ne trouver que mensonges et insignifiances. Il lui reste cependant Google, qu’il consulte à la moindre occasion. Son institutrice et le psychologue chez qui sa mère, inquiète, l’amène, n’échappent pas au regard lucide et ironique du garçon qui finira par s’apaiser en trouvant des actions à sa mesure.

Une fois acceptées quelques longueurs et cette invraisemblance de l’enfant de neuf ans qui utilise à bon escient le vocabulaire scientifique d’un doctorant en zoologie, on apprécie la lucidité et la sensibilité avec lesquelles la romancière a su rappeler l’interdépendance entre les espèces et la fragilité de l’équilibre écologique.

Publié le 1 avril 2014 à 14 h 39 | Mis à jour le 1 avril 2014 à 14 h 39