Numéro 99

Gérard Delteil

2011

L'Archipel, Paris, 2005
403 pages
33,95 $

2011 ou chronique d’une crue annoncée ?

Paris sous la flotte ! Le zouave du Pont de l’Alma a les pieds dans l’eau et rien n’indique que la pluie cessera : le ciel est bas, il fait sombre, les coupures d’électricité sont de plus en plus nombreuses ; les autorités sont en état d’alerte.

Pendant les catastrophes, c’est connu, les autoritaires redoublent d’ardeur, les petits comme les grands escrocs escroquent, les intrépides héros deviennent plus téméraires, les maris et les femmes fidèles font des incartades, les fanatiques passent à l’acte et des vocations naissent tandis que d’autres s’épuisent Bref, les traits de personnalité sont exacerbés par la tension, les sensibilités sont à vif et il suffit parfois d’une seule goutte – sans mauvais jeu de mots – pour faire déborder la coupe ! Or dans une ville de plusieurs millions d’habitants, les individus qui décompensent sont légion : dès que tombent les premières inhibitions, tout devient possible, aussi pourquoi se priverait-on ?

Mais il y a bien sûr les plans d’intervention pluridisciplinaires qui, tout théoriques qu’ils soient, doivent être mis en application. Les autorités, policiers, politiciens et bénévoles de tout acabit, s’activent ; certains sur le terrain, d’autres dans les hautes sphères du pouvoir afin de tirer avec avantage leur épingle du jeu car, la catastrophe passée, il ne fait aucun doute que sur l’échiquier politique des manœuvres sont à prévoir : on s’y disputera les promotions alors que des têtes tomberont. Morale de cette histoire : mieux vaut se trouver ailleurs quand le civisme fout le camp !

Le livre de Gérard Delteil est divertissant, on y suit avec intérêt le déroulement d’une catastrophe. Mais au-delà de l’anecdote, on peut y voir un portrait peu flatteur de l’âme humaine Paris fut inondé par une crue de la Seine en 1910 et la Ville lumière pourrait revivre d’ici peu cette crue que l’on dit centennale. Selon le site Internet de la mairie de Paris, « [s]i les mêmes conditions climatiques devaient se reproduire, aucun aménagement technique ne pourrait l’endiguer ».

Publié le 1 juin 2005 à 11 h 33 | Mis à jour le 1 juin 2005 à 11 h 33