François Désalliers

L’HOMME-CAFÉ

Québec Amérique, Montréal, 2004
353 pages
24,95 $

Ce troisième roman de François Désalliers, après Amour et pince-monseigneur (1999) et Des steaks pour les élèves (2000), raconte une singulière dépossession de soi. Jean-Marie Lalonde, quadragénaire, affiche tous les signes extérieurs de la réussite, de la BMW et de la montre Rolex au complet à 800 $ et aux chaussures à 400 $. Distingué conseiller en décoration pour un magasin de meubles haut de gamme, mari et bon père de famille, il est l’incarnation du banlieusard prospère. Pourtant, sa vie bascule le jour où il entre boire un espresso au Café Mollo. Une force terrible, étrange, incompréhensible, le pousse à rester sur place ou l’empêche de sortir – le protagoniste lui-même n’a pas le fin mot de ce qui se produit. Les jours, les mois, les années vont passer, tandis que Jean-Marie aura littéralement pris racine dans l’établissement, devenant ainsi aux yeux du monde « l’homme-café », un énergumène hirsute, une bête de foire malgré lui, qui a impassiblement laissé son univers personnel s’effondrer et qui emploie désormais le plus clair de son temps à dessiner son entourage. Ses dessins feront mouche, car si la claustration inopinée et opiniâtre de Jean-Marie anéantit petit à petit ses relations familiales, amicales et professionnelles, elle a aussi pour effet de révéler, sur fond de torréfaction, un artiste véritable, au sens élevé et désincarné du terme : un créateur génial qui ne trouve pas sa place parmi les vivants. L’homme-café reprend, en la compliquant à souhait, l’idée initiale d’une nouvelle, « Le bistrot », publiée dans XYZ La revue de la nouvelle (no 67, automne 2001). François Désalliers y montrait un homme squattant un café et le lien particulier qui se nouait avec une employée par l’intermédiaire d’un arbuste, un philodendron, auquel s’accrochait le héros tel un épiphyte. Dans L’homme-café, l’auteur va plus loin : de l’élaboration d’un cagibi et d’une hygiène de fortune à une scène (mémorable) de partouse nocturne, il dépeint, sans férocité, des êtres impulsifs, opportunistes et voyeurs, mais aussi férus de poésie et d’art.

Publié le 1 juin 2005 à 11 h 35 | Mis à jour le 1 juin 2005 à 11 h 35