Numéro 99

Gérard De Cortanze

BANDITI

Albin Michel, Paris, 2004
463 pages
34,95 $

Autant les rivalités des puissants de ce monde peuvent se diluer dans des connivences plus ou moins avouables, autant les révoltes des humbles répugnent aux compromissions et même aux compromis. À croire que les loyautés ont la vie plus longue quand elles naissent au pied de la pyramide. Quand le fougueux Michele Pezza, du haut de ses dix-sept ans, entreprend de rendre sa dignité et son autonomie au royaume de Naples, il ne se doute pas que, tout à l’heure, ceux qu’il aime et défend pactiseront avec les armées françaises et accepteront le joug étranger. La douleur que ressentira son âme devant le calcul, la trahison, la trop grande faculté d’adaptation dépassera d’emblée celle que les armes peuvent infliger à son corps. Le personnage est émouvant de sincérité, de fougue, de présomption juvénile. Pendant un temps, il semblera même doué de facultés surhumaines. On lui souhaite spontanément tous les succès.

Gérard de Cortanze rend vivants un lieu et un temps trop peu connus. Ni l’époque ni les décors n’ont pour lui de secrets. Mérite supplémentaire, il ose présenter à un public francophone un point de vue radicalement différent de celui qui, Napoléon aidant, s’est imposé dans l’Hexagone. Le verso aussi méritait d’être connu. Là où la France bombe le torse en évoquant les victorieuses campagnes d’Italie, les Napolitains, en effet, songent plutôt aux souffrances que les conquérants leur firent endurer. Soldats victorieux aux yeux des uns, pillards selon les autres. Pezza, quant à lui, a choisi son camp et pour de bon.

Dans la tâche délicate qui consiste à donner mauvaise conscience aux vainqueurs, l’auteur compte, en tout cas, sur les meilleurs atouts : connaissance de l’histoire, empathie avec la culture et l’histoire napolitaines, écriture qui place en éclatante lumière les gestes, les mSurs, les décors. Ceux qui – ils sont nombreux – apprécient encore les descriptions dont se passent trop volontiers les modernes romans dits d’action trouveront ici de quoi défendre leur cause. Gérard de Cortanze fait la démonstration qu’une description intelligente et raffinée, loin de ralentir le déroulement du drame, lui confère un supplément de densité et de sens.

Publié le 1 juin 2005 à 11 h 25 | Mis à jour le 19 décembre 2014 à 15 h 09