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Accompagnement, humour, magie…

Si chaque jeune a droit à l’instabilité de ses humeurs, mieux vaut que la littérature se fasse tour à tour mystérieuse, distrayante, captivante, discrètement consolante. Dans nombre de cas, l’auteur trouve un créneau et l’occupe livre après livre. Dans d’autres cas, la même plume aborde presque autant de genres qu’il y a de jeunes curiosités. Certains confirment leur attachement à un univers, d’autres fournissent la preuve de leur polyvalence.


Beauté et émotion


Auteur aussi polyvalent que fécond, Gilles Tibo aborde dans Le grand voyage de Monsieur1 le thème du deuil et de la solitude. Tact et finesse sont au rendez-vous. Luc Melanson attrape la balle au bond : son dessin stylise admirablement le personnage du père endeuillé et de l’orphelin. Quelques phrases, des silhouettes presque naïves, des décors sobrement éloquents. L’art de se retirer silencieusement dès qu’est né le besoin de présence. Magnifique.

De Jean Rouaud, on connaissait les romans érigés à la mémoire de ses proches. Il faudra maintenant goûter ses incursions dans le monde des albums, surtout si les prochains comptent autant que La belle au lézard dans son cadre doré2 sur les illustrations de Yan Nascimbene. L’auteur, fidèle à lui-même, crée en trois lignes l’atmosphère et le décor, distribue les rôles. La belle a quitté le narrateur et, peut-être pour ce motif, n’écrira-t-il désormais que des histoires aux finales déprimantes. Yan Nascimbene tire de cette proposition deux dessins où deux moitiés de personnages claquent la porte et s’enfuient. La suite, on la connaîtra si intervient un lézard curieux et moqueur et si apparaît une lectrice qui, elle, ne goûte que les histoires qui débouchent sur le bonheur. La rencontre est belle entre un conteur qui écrit presque trop bien et un illustrateur qui multiplie les angles et les contrastes aussi longtemps qu’ils sont de mise, mais pas plus.

1. Gilles Tibo et Luc Melanson, Le grand voyage de Monsieur, Dominique et compagnie, 2001, Saint-Lambert, 32 p. ; 19,95 $.
2. Jean Rouaud et Yan Nascimbene, La belle au lézard dans son cadre doré, Albin Michel, Paris, 2002, 32 p. ; 19,95 $.


Les paliers de l’humour


Les soupes, surtout si elles adoptent la couleur vert caca d’oie, suscitent rarement l’enthousiasme des enfants. Mange, mon ange !1 de Christine Schneider l’illustre bien. Quand le père, promu cuisinier, attribue à la soupe la capacité de faire grandir, fiston comprend qu’elle peut produire le même effet si on la verse dans le bac à petits pois. Le père n’aura pas beaucoup plus de succès dans son effort pour justifier la couleur du yaourt. La journée se terminera quand même dans la tendresse même si le rosier nain doit manger le yaourt. Sympathique clin d’œil aux préférences enfantines.

Tantôt auteur et éditeur de son œuvre, tantôt auteur publié par Les 400 coups, Robert Soulières ne rate aucune occasion d’étaler son humour débordant. Grâce à lui et aux délirantes illustrations de Stéphane Jorisch, la légende de Rose Latulipe reprend vie dans Le baiser maléfique2. Mystère, séduction, élégant maléfice. Le folklore confine à l’œuvre d’art.

Quand, d’autre part, Robert Soulières toujours cumule les fonctions d’auteur et d’éditeur, tout devient rigolade. Un cadavre stupéfiant3 rajeunit et renouvelle les clichés, vante jusqu’à l’emphase les irremplaçables mérites de l’auteur, interrompt l’action pour le présenter tel qu’au temps où il s’en remettait encore à la quadrupédie, insère avec une parfaite futilité un bloc de

mots croisés aussi incongru que les félicitations de Voltaire au talentueux San Antonio. Le genre, on le sait, ne convient qu’aux coureurs de fond. Faire rire est (presque) quotidien ; faire rire pendant 200 pages, cela requiert souffle et talent. Littérature destinée aux jeunes ? Plutôt loufoquerie offerte à tous ceux qui cherchent jouvence.

1. Christine Schneider et Hervé Pinel, Mange, mon ange !, Albin Michel, Paris, 2002, 32 p. ; 16,95 $.
2. Robert Soulières et Stéphane Jorisch, Le baiser maléfique, Les 400 coups, Montréal, 2002, 32 p. ; 14,95 $.
3. Robert Soulières et Caroline Merola, Un cadavre stupéfiant, trad. de l’anglais par Christiane Léaud-Lacroix, Soulières, Saint-Lambert, 2002, 228 p. ; 9,95 $.


Le coin des sourires


Je ne sais pas si Le camping du petit géant plaira aux vendeurs de tentes et autres adeptes de la « villégiature instantanée », mais il provoquera chez bien des jeunes et leurs parents le déferlement des souvenirs. La fois où la toile de la tente coulait. La fois où une mouffette s’est présentée. La fois où les matelas pneumatiques ont perdu le souffle. Bonne convergence du texte et du dessin.

Gilles Tibo et Jean Bernèche, Le camping du petit géant, Québec Amérique, Montréal, 2002, 64 p. ; 7,95 $.


Briller au hockey au point de marquer quelques milliers de buts par partie, cela est à la portée du petit garçon de Alex et la belle Sarah. Surtout qu’il porte sur son chandail le numéro 4 (rendu célèbre par Jean Béliveau) et qu’il s’agit d’impressionner la recrue de l’équipe, la belle Sarah. Les interventions canines compliqueront les choses, mais puisque Sarah ne joue que pour le plaisir, pourquoi Alex tiendrait-il au triomphe ? Le ton est léger, le dessin gentiment moqueur, l’histoire fera sourire aussi bien les contemporains d’Alex que les parents qui admirent et encouragent leurs rejetons.

Gilles Tibo et Philippe Germain, Alex et la belle Sarah, Dominique et compagnie, Saint-Lambert, 2001, 32 p. ; 7,95 $.


Comme elle sait si bien le faire, Cécile Gagnon recourt avec Célestin et Rosalie au thème familier de la princesse dont la main est promise à celui qui vaincra les épreuves imposées. Les choses se compliquent quand la victoire penche vers un candidat que la princesse chasserait de ses cauchemars. Qu’on ne s’inquiète pas, toutefois : la magie n’est pas réservée à Harry Potter. Les jeux de mots sont généralement stimulants et accessibles.

Cécile Gagnon et Stéphane Jorisch, Célestin et Rosalie, Soulières, Saint-Lambert, 2002, 52 p. ; 7,95 $.


Dans Marilou Polaire et la magie des étoiles, l’héroïne, toujours effervescente, opte pour une carrière d’astrologue. Peut-être ne croit-elle pas elle-même à ses prévisions, mais elle veillera à ce que les étoiles livrent le bonheur promis. Ce qu’il faut de taquineries, de gaffes et de menaces sans conséquence pour que Marilou Polaire conserve son large public.

Raymond Plante et Marie-Claude Favreau, Marilou Polaire et la magie des étoiles, La courte échelle, Montréal, 2002, 64 p. ; 8,95 $.


De Billy Bob, qui en est à sa huitième aventure Dans le ventre du lapin, n’attendons rien de cohérent, ni même de plausible. Ce n’est pas le genre du duo Philippe Chauveau-Rémy Simard. Tant mieux d’ailleurs pour les petits qui, sur les genoux des génies adultes qui lisent vite et à haute voix ou à demi endormis déjà au creux du lit, demandent à la lecture de les faire basculer en riant dans les délires du rêve. L’énorme lapin modelé par le chef cuisinier les accompagnera si bien qu’ils en raconteront sûrement de nouvelles aventures demain matin.

Philippe Chauveau et Rémy Simard, Les aventures de Billy Bob, t. 8Dans le ventre du lapin, Boréal, Montréal, 2002, 56 p. ; 8,95 $.


Julia, dans son cinquième texte, Julia et la fougère bleue, se lie d’amitié avec une copine à taille variable qui semble surgir en droite ligne de l’univers d’Alice au pays des merveilles. Christiane Duchesne ne dissimule d’ailleurs pas la source de son inspiration. Comme il se doit, quand on s’appelle Julia et qu’en plus on rêve, ni la peur ni les raisonnements secs n’ont droit de cité. Si la copine est trop grande, on le lui dit et elle s’adapte. Si l’on veut quitter le monde souterrain, un appel à la fougère bleue et le tour est joué. Malgré cela, Julia ne craint pas les pouvoirs de sa nouvelle copine. Elle a raison : elle sait, elle, ce qu’est un jardin et ce qu’est un chien. De quoi fonder sinon une supériorité, du moins une belle assurance. Un récit frais, décontracté, pédagogiquement intelligent et dont Lewis Carroll aurait probablement souri.

Christiane Duchesne et Bruno St-Aubin, Les nuits et les jours de Julia, t. 5, Julia et la fougère bleue, Boréal, Montréal, 2002, 56 p. ; 8,95 $.


Étrange paire que celle du robot Pixolin et de son chien Zip, d’ailleurs aussi robot que son maître. Ces personnages de L’ami perdu ne sont que pièces métalliques, de même que tout ce qui les entoure, mais ils vivent l’amitié comme n’importe quel enfant et n’importe quel chien. Et pendant que la vie disparaît en Pixolin et Zip, elle renaît dans les objets. C’est ainsi que la poubelle, bousculée par Zip, tente de se relever par ses propres moyens. L’ingéniosité du dessin est à la hauteur du texte de Gilles Tibo : Guy England, avec humour, orne les murs des prévisibles photos d’êtres chers, mais il a songé, cohérent jusqu’au bout, à remplir les cadres non de visages, mais de vis, d’écrous… L’enfant qui hésite parfois à s’identifier aux personnages qu’on lui propose se sentira peut-être plus à l’aise avec des robots auxquels il ne craindra pas de se comparer. L’expérience, en tout cas, méritait d’être tentée.

Gilles Tibo et Guy England, Zip et PixolinL’ami perdu, Les 400 coups, Montréal, 2001, 32 p. ; 8,95 $.


Le monstre de la cave de Jean-Denis Côté qui avait mérité de grands honneurs à sa première parution en 1998 amorce une seconde existence grâce à la traduction que lui donne Cécile Mapachee en langue algonquine. L’histoire de Kokodji anamisakag conserve son cours familier : l’enfant apprend à exorciser la peur et à apprivoiser les ombres qui, le plus souvent, sont celles d’objets bien peu inquiétants. La traduction, inattendue, éveillera par sa seule présence à d’autres cultures.

Jean-Denis Côté et Caroline Merola, Le monstre de la caveKokodji anamisakag, trad. en algonquin de Cécile Mapachee, Éditions du Soleil de minuit, 2002, 26 p. ; 8,95 $.


Univers insolites


La magie comme la conçoit Harry Potter n’est pas la seule voie d’accès aux univers insolites. Les preuves de ce fait surabondent. Dans le deuxième des récits mettant en scène Les triplets de Gradlon, Brigitte, capitaine du vaisseau fantôme, Bernard Boucher permet un coup d’œil sur les allées et venues d’un bien étrange navire. Brigitte l’a vu et a même eu le temps de trouver beau un jeune matelot. Reste à savoir si ce navire aux contours vaporeux a fait disparaître l’épée sous la protection de laquelle vivait le village. L’enjeu importe au plus haut point, car, abandonnée à elle-même, la petite communauté maritime perd confiance et se vide. L’auteur excelle à entremêler le quotidien et les fils incertains des mondes possibles. Il écrit avec précision, use des termes techniques en virtuose, rend respectable le décor des humains et mystérieux les mondes à peine soupçonnés.

Bernard Boucher et Alain Reno, Les triplets de Gradlon, t. 2, Brigitte, capitaine du vaisseau fantôme, Boréal, Montréal, 2002, 166 p. ; 8,95 $.


Avec Le cheval d’Isabelle, Sylvain Meunier, déjà auteur de romans incisifs et originaux, s’intéresse à une jeune cavalière que sa passion pour les chevaux conduit à d’admirables performances, mais aussi à des imprudences qui ne se pardonnent que dans les livres. Son créateur ne la sanctionnera pas pour si peu, au contraire. Il laissera Isabelle percer le mystère d’une antique légende, récompensera son audace, amènera le mystère à s’incarner dans le temps présent. Isabelle en sera comblée. Le mariage des deux univers est assez réussi pour séduire les jeunes auditoires, malgré certains dialogues bas de gamme.

Sylvain Meunier, Le cheval d’Isabelle, Vents d’Ouest, Hull, 2002, 148 p. ; 9,95 $.


La réputation de Francine Pelletier est déjà solidement établie en littérature de science-fiction et de fantastique. Sa signature garantit presque à coup sûr un récit cohérent et pourtant déroutant. Il arrive cependant, surtout quand le nouveau livre, ici Le crime de Culdéric, fait appel à un personnage déjà décrit dans de précédents ouvrages, qu’on présume trop de choses et qu’on laisse circuler la vedette comme si tous les lecteurs la connaissaient de longue date. C’est le cas cette fois. Certes, le talent de l’auteure l’amène à éclairer peu à peu notre lanterne, mais il aurait suffi de quelques lignes en début de récit pour que tous et toutes comprennent plus vite à quel point l’énigmatique et bienveillant Culdéric s’écarte ici de ses habitudes.

Francine Pelletier, Le crime de Culdéric, Médiaspaul, Montréal, 2001, 144 p. ; 8,95 $.


Le pesant mystère de La malédiction de Sonia K. Laflamme, attise la curiosité de Juliana qui ne connaît plus le repos. Elle profite, il est vrai, de l’affection et des confidences d’une grand-mère encore marquée par de tragiques événements lointains, mais cela ne diminue en rien son mérite. C’est elle qui, peu à peu, rassemblera les morceaux en un ensemble cohérent et toujours menaçant, elle qui remontera le cours du temps, elle qui établira d’étranges ressemblances entre la tragédie d’il y a trois quarts de siècle et les retombées modernes de la persistante malédiction. Le manoir où l’auteure situe l’action est habité par des présences multiples ; aux jeunes lecteurs de les identifier et de les apparenter.

Sonia K. Laflamme, La malédiction, Hurtubise HMH, Montréal, 2001, 144 p. ; 9,95 $.


Premier roman de Marc Tremblay, Donovan et le secret de la mine baigne dans une atmosphère digne d’Harry Potter, mais présente quand même de fort valables caractéristiques propres. La magie fait irruption un peu partout, les sortilèges paralysent ou libèrent, les émeraudes suscitent tantôt la cupidité tantôt l’obéissance, mais, cela dit, Donovan se soustrait si souvent aux règles de sa guilde qu’il en devient un assez sympathique délinquant. On l’a mis en garde contre les fées, mais il voyage quand même avec Ellaria, fée mineure, mais ingénieuse. On se demande, en fait, comment la guilde, censément lucide et expérimentée, a pu concocter une méfiance aussi vive et aussi peu utile. Mais c’est peut-être ce que pensent les jeunes en écoutant les mises en garde des adultes. Alors…

Marc Tremblay, Donovan et le secret de la mine, Boréal, Montréal, 2002, 190 p. ; 9,95 $.


Dures et belles réalités


La littérature destinée aux jeunes n’offre pas que magie ou évasion ; plusieurs de ses meilleures réussites racontent la vie (presque) telle qu’elle bat. Ann Lamontagne, par exemple, dans La piste des Youfs II, La cité des murailles, continue à suivre à la trace un Petit Parrain dont la bande détrousse les touristes avec un plausible et inquiétant succès. Les personnages ressemblent aux gens qui marchent dans nos rues, commettent des imprudences qui nous rappellent quelque chose, se mesurent aux professionnels adultes comme le font toutes les jeunes générations. Ann Lamontagne continue aussi, ce dont il faut la féliciter, à soigner l’écriture et à ne se permettre qu’un humour élégant.

Ann Lamontagne, La piste des Youfs II, La cité des murailles, Vents d’Ouest, Hull, 173 p. ; 9,95 $.


L’intrigue de L’inconnu du monastère imaginée par Josée Ouimet fait durer le suspense jusqu’aux dernières pages. Quand affluent enfin les révélations, ce qui s’annonçait ignoble devient un dénouement certes inattendu, mais qui conserve leurs droits aux sentiments les plus divers. Il fallait du métier pour obtenir ce résultat. Quelques gaucheries distraient la concentration. Ainsi, pourquoi parler, mêlant l’hexagonal et le québécois, d’un batte de baseball ? Le Français aurait écrit, ne nous en déplaise, une batte ; le Québécois aurait hésité entre un bâton et un bat emprunté à l’américain. Un batte ?

Josée Ouimet, L’inconnu du monastère, De la Paix, Saint-Alponse-de-Granby, 2001, 112 p. ; 8,95 $.


La rage dans une cage mérite pleinement ce titre violent. Le sentiment d’enfermement enserre si puissamment les deux jeunes protagonistes qu’on ressent presque physiquement l’impuissance, l’injustice, la culpabilité. La rage. Michel Lavoie connaît assez les jeunes pour lire en eux les volcaniques montées de cette rage et pour oser la leur montrer dans une langue presque trop proche de la leur. L’autodestruction est un mal qui frappe avec tant d’efficace cruauté qu’il faut saluer ce coup de sonde audacieux dans les profondeurs adolescentes.

Michel Lavoie, La rage dans une cage, Vents d’Ouest, Hull, 2002, 126 p. ; 9,95 $.


Le Pacifique Sud sert de vaste caisse de résonance au nouveau dépaysement que propose Et si quelqu’un venait un jour de Marie-Danielle Croteau. Les éléments furieux saccagent tout, emportent ceux et celles qui peuplaient l’univers du jeune Teiki et le laissent, fils spirituel de Robinson Crusoé, seul sur son atoll. Viendra plus tard Mira, elle aussi endeuillée de partout. Les deux auront à s’apprivoiser et à attendre. L’écriture, comme d’habitude chez Marie-Danielle Croteau, est fluide, comme embellie et remplie par les heures que l’auteure a vécues dans ces parages. Et la recherche, il va sans dire, coule de source.

Marie-Danielle Croteau, Et si quelqu’un venait un jour, La courte échelle, Montréal, 2002, 158 p. ; 9,95 $.


Quand la cadette, Isabelle, découvre qu’elle aime le même garçon que sa sœur, le drame se met en marche. Tania Boulet en raconte les étapes et les revirements dans Le naufrage d’Isabelle. L’adolescence s’y exprime parfois dans la furie, parfois dans le mutisme buté, toujours avec justesse. L’apparition de lettres anonymes vient alourdir l’atmosphère, provoquer les malentendus, faire lever les hypothèses incontrôlables. Tableau prenant, attachant, qui puise sa force dans le besoin d’amour de l’adolescence et son magnétisme dans le respect de Tania Boulet pour ses modèles.

Tania Boulet, Les naufrages d’Isabelle, Québec Amérique, Montréal, 2002, 209 p. ; 9,95 $.


Gare aux bons sentiments


On prétend que les bons sentiments font la mauvaise littérature. Ce n’est pas toujours vrai. Dans le cas de Vingt petits pas vers Maria de Marie-Célie Agnant, on côtoie ce péril. L’idée était séduisante de redonner sa véritable existence à une femme qui mérite d’être autre chose qu’une domestique interchangeable. Le livre devient cependant prétexte à plaidoyer et laisse l’éditorial l’emporter sur la gratuité littéraire.

Marie-Célie Agnant et Normand Cousineau, Vingt petits pas vers Maria, Hurtubise HMH, Montréal, 2001, 88 p. ; 8,95 $.


Sacrée bougie ! De Carole Melançon traite de l’intimidation que vivent nombre de jeunes dans le milieu scolaire. Comment en sortir ? Le livre propose une solution qui présente l’avantage d’être plausible et l’inconvénient d’une certaine banalité. Nul ne contestera qu’il faille briser le secret étouffant et susciter la coopération entre les victimes, mais est-ce toujours aussi simple ?

Carole Melançon et Isabelle Collerette, Sacrée bougie !, De la Paix, Saint-Alponse-de-Granby, 2001, 80 p. ; 8,95 $.


Gilles Tibo ose à deux reprises s’attaquer (?) aux bonnes causes. Dans La petite fille qui ne souriait plus1, l’abus sexuel. Dans Les yeux noirs2, la cécité. Pari tenu. Les deux petits livres évitent aussi bien la mièvrerie que la surcharge émotive. Les deux bénéficient en outre d’illustrations qui, sans diluer le drame, en rendent la perception plus tolérable. Celles de Marie-Claude Favreau sont frémissantes, puis chaleureuses et apaisées ; celles de Jean Bernèche s’affichent comme autant de négatifs qui couronnent pourtant un émouvant sourire. Une fois de plus, heureuse convergence du texte et du dessin.

1. Gilles Tibo et Marie-Claude Favreau, La petite fille qui ne souriait plus, Soulières, Saint-Lambert, 2001, 52 p. ; 7,95 $.
2. Gilles Tibo et Jean Bernèche, Les yeux noirs, Soulières, Saint-Lambert, 1999, 48 p. ; 7,95 $.


Dans Au delà des apparences de Diane Groulx, bonne cause et littérature fusionnent sans la moindre réticence. Vite planté, le décor à lui seul est une trouvaille : Alexis, impliqué dans un crime majeur, reçoit comme sentence d’effectuer des semaines de travaux communautaires auprès d’enfants handicapés. La suite sera digne de ce début. Qui profite le plus des échanges entre Alexis et Karyle, son protégé trisomique ? C’est la finesse du livre de ne pas imposer son verdict.

Diane Groulx, Au delà des apparences, De la Paix, Saint-Alponse-de-Granby, 2001, 128 p. ; 8,95 $.


Documentation juvénile


Terminons sur deux bouquins qui, à leur manière, concernent les jeunes : une encyclopédie et un lexique élémentaire. Savais-tu ?, Les scorpions fait partie d’une famille de plaquettes qui précisent les faits à propos d’un certain nombre d’espèces. Pour le meilleur, mais aussi pour le pire, les illustrations prennent le pas sur l’information et si elles sont de nature à faire sourire, il n’est pas dit que l’information reçoive toujours son dû. Le désir louable de demeurer abordable a fait oublier l’objectif principal.

Alain M. Bergeron, Michel Quintin et Sampar, Savais-tu ?, Les scorpions, Michel Quintin, Montréal, 2002, 64 p. ; 12,95 $.


Dans le cas de Mon premier vocabulaire de base de Nathalie Elliot, il est difficile de porter jugement, car nul ne sait exactement de quelle latitude jouissait l’auteure. En matière de manuels scolaires ou d’ouvrages apparentés, il n’est pas facile, en effet, de savoir ce que les programmes gouvernementaux imposent. Cela dit, certains doutes sont, je l’espère, encore permis. Au nom de quoi, par exemple, le lundi est-il décrété premier jour de la semaine ? Au nom de quoi poissons et volatiles sont-ils tous rangés parmi les animaux ? Au nom de quoi le noir devient-il une couleur ? Pourquoi, dans l’énumération des parties de l’arbre, les racines sont-elles absentes ? Pourquoi habiter sur la rue et jouer dans la rue ? Vétilles peut-être, mais qui étonnent dans un ouvrage dont on souhaite que les enfants gardent éternellement le souvenir.

Nathalie Elliott, Mon premier vocabulaire de base500 mots-clés avec illustrations, Guérin, Montréal, 2002, 86 p. ; 12,95 $.


Ce n’est quand même pas une vilaine cuvée.


 

 
 

Publié le 16 juin 2003 à 15 h 04 | Mis à jour le 1 mai 2015 à 16 h 30