Sommaire
Emmanuelle Lescouet. La littérature Young Adult, éditorial.
Marie Demers. Le problème de l’appellation « Young Adult » : confusions, tendances et perspectives.
Michelle Latortue. Quand les mondes se brisent et se réinventent.
Gabrielle Poliquin. Écrire sans concession en littérature « jeune adulte ».
Entretien entre Lynda Dion et Maxime Mongeon. La littérature n’est pas dangereuse.
Safoura Adjari. La voix adolescente perdue en traduction ?
The Fault in Our Stars et ses « Étoiles contraires » en français.
Christine Comeau. Maléfices et réécritures : le conte comme rite de passage.
Roberta Danesi. Entre fractures et recompositions.
La construction identitaire chez les adolescents d’Uashteskun.
Magalie Lapointe-Libier. Mythes, identités et imaginaires
Fantastique et Fantasy dans la littérature Young Adult
Charlie Bourgeois. Collectif et identité dans Cheer.
Ivoire Nadeau. Raviver la flamme avec la poésie pour adolescent·e·s.
Loa Toussaint-Léveillé. Habiter le cadre.
Lieux et quêtes identitaires dans la bande dessinée Young Adult queer
Charlie Bourgeois. Moi aussi je pense que j’ai des symptômes de colère.
L’atelier de Sara Prune.
178
178
178
178
178
178
178
178
178
178
Éditorial
La littérature Young Adult
Éditorial
Emmanuelle Lescouet, directrice et éditrice de Nuit Blanche
Consacrer un numéro à la littérature Young Adult, c’est se placer d’emblée dans un territoire de lecture à la fois familier et trop peu considéré. Familier, parce que ce corpus occupe aujourd’hui une place majeure dans les bibliothèques, les librairies, les catalogues éditoriaux et les imaginaires de nombreux·ses lecteur·rice·s. Trop peu considéré, parce qu’il demeure encore souvent abordé à travers des catégories réductrices : littérature de passage, littérature de genre, littérature de formation, littérature « pour jeunes ». Or, le Young Adult est précisément passionnant parce qu’il échappe aux assignations trop simples.
Il s’adresse à un lectorat situé au seuil de l’âge adulte, à ce moment fragile et intense où le monde s’élargit, où les identités se définissent, où les questions politiques, affectives, sociales et existentielles prennent une acuité nouvelle. Mais il s’adresse aussi, de plus en plus, à des lecteur·rice·s de tous âges, qui y retrouvent une disponibilité particulière : celle d’une littérature encore ouverte au jeu, à la métamorphose des formes, à la puissance du divertissement, sans renoncer pour autant à la complexité du réel.
Cette littérature a aussi une importance très concrète dans l’écosystème du livre. Pour les maisons d’édition, elle représente un champ dynamique, inventif, porté par des lectorats fidèles, actifs, curieux. Pour les librairies, elle constitue un espace de circulation essentiel, où se rencontrent prescription, passion, découverte et transmission. Mais son importance ne se mesure pas seulement en chiffres de vente ou en rayonnages bien garnis. Elle tient surtout à ce qu’elle rend possible dans les parcours de lecture. C’est souvent dans ces œuvres que se forment des habitudes, des attachements, des goûts. C’est là que plusieurs lecteur·rice·s apprennent à reconnaître ce qu’ils aiment, ce qui les fait vibrer, ce qui les accompagne. Le Young Adult n’est pas seulement une étape vers une littérature supposément plus légitime : il est l’un des lieux où s’inventent les rapports contemporains à la lecture.
Il fallait donc prendre ce corpus au sérieux, non pas pour le figer dans une définition ou pour lui demander de justifier sa valeur, mais pour en observer la richesse et les tensions. Ce numéro de Nuit Blanche souhaite ouvrir un espace critique à la hauteur de cette vitalité, en parcourant le Young Adult dans toute l’ampleur de ses formes : poésie, bande dessinée, romans traduits ou francophones, nouvelles, novellas, récits contemporains, récits imaginaires… Cette diversité rappelle que le Young Adult n’est pas un genre unique, mais un espace de circulation où se croisent des écritures, des publics et des imaginaires multiples. À travers elles, la fiction devient aussi un outil pour éprouver le monde, l’habiter autrement : penser sa place en lui.
Il y a, dans ce choix éditorial, une singularité à laquelle nous tenons. Les revues culturelles québécoises ont rarement consacré un espace entier à ce corpus, encore moins un numéro qui l’aborde comme un champ littéraire à part entière. Ce geste nous semble nécessaire. Non parce que le Young Adult aurait besoin d’être adoubé par la critique, mais parce que la critique a besoin de se rendre disponible aux lieux où la lecture se transforme. Elle doit aussi savoir regarder là où se construisent les sensibilités, les communautés de lecture, les désirs de fiction et les formes nouvelles de transmission.
Ce numéro propose donc de lire le Young Adult non comme une périphérie, mais comme un observatoire. Un observatoire des mutations du livre, des attentes des publics, des manières de raconter l’adolescence, le passage, l’émancipation, l’amitié, la peur, l’amour, la colère et l’avenir. Nous avons toutefois choisi de ne pas centrer ce dossier sur les immenses succès qui ont largement contribué à la visibilité du corpus, des séries comme Hunger Games ou Le Prince cruel, par exemple, afin d’ouvrir l’espace critique à des œuvres et des explorations moins immédiatement connues. Il ne s’agit pas de contourner les phénomènes populaires, mais de déplacer légèrement le regard vers des textes qui permettent d’apercevoir autrement la richesse, les marges, les audaces et les devenirs du Young Adult. Un observatoire, aussi, de la capacité de la littérature à demeurer joueuse, accessible, généreuse, sans cesser d’être exigeante.
À travers ce dossier, Nuit Blanche poursuit ainsi sa mission : accompagner les œuvres, éclairer les pratiques, donner à lire ce qui se joue dans le présent littéraire. Et rappeler, peut-être, que les littératures qui forment les lectrices et les lecteurs ne sont jamais secondaires. Elles sont au contraire parmi les plus décisives, parce qu’elles arrivent au moment où lire peut encore tout changer.
Contributeur·rice·s
Emmanuelle Lescouet
Éditrice
Sara Prune
Image de couverture et illustrations intérieures
Pierre Gabriel Dumoulin
réviseur·se linguistique
Safoura
Adjari
Magalie
Lapointe-Libier
Charlie
Bourgeois
Michelle
Latortue
Christine
Comeau
Maxime
Mongeon
Roberta
Danesi
Ivoire
Nadeau
Marie
Demers
Gabrielle
Poliquin
Lynda
Dion
Loa
Toussaint-Léveillé
