Nuit blanche

Critiques

Retrouvez ici toutes les critiques exclusives au site internet de la revue  Nuit blanche.

L’orage et l’éclaircie coexistantes Gabrielle Boulianne-Tremblay, originaire de Charlevoix, est une autrice aux multiples talents : elle est une actrice, scénariste et militante engagée pour les droits de la personne, notamment ceux des personnes trans. Sa performance dans le film acclamé Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau lui a valu une nomination aux prix Écrans canadiens dans la catégorie meilleure actrice de soutien (une première pour une femme trans !). Son talent est reconnu non seulement à l’écran, mais aussi dans l’écriture, comme autrice à part entière : en 2025, elle est lauréate, pour son apport dans la culture et la littérature canadienne, du prix Bibliothèque et Archives Canada. Le roman La fille d’elle-même, publié aux éditions Marchand de feuilles en 2021, est récompensé par le Prix des libraires du Québec (catégorie Roman | Nouvelles | Récit – 2022). La fille de la foudre, publié en aout 2025, prolonge et approfondit le parcours de son personnage. Là où le premier roman répondait à l’interrogation « Qui suis-je ? », celui-ci se demande « Que suis-je ? »
La vulnérabilité écrite sans trahison Le dernier livre de Nathalie Plaat se déploie par fragments, sous la poésie de Richard Desjardins, dont les paroles viennent titrer chacun des chapitres au diapason du récit. La langue se laisse découper, relancer, suspendre ; elle est tenue par ces interstices musicaux, où chaque intertexte choisi ouvre une parcelle de mémoire enchâssée dans la continuité de l’histoire. Dans l’essai Mourir de froid, c’est beau, c’est long, c’est délicieux, paru en 2024 aux Publications de l’Université de Montréal dans la collection Les salicaires, la psychologue de formation revient avec grande finesse sur sa toute première relation amoureuse. Cette relation avec un homme dont la trajectoire se défait sous les effets de la maladie mentale inscrit des traces jusque dans les zones les plus reculées de l’identité de la narratrice.
Un conte noir pour ravir les montagnes Fanie Demeule est une autrice dont l’œuvre est variée et immersive. Elle s’inscrit parmi les autrices à suivre. Au nombre de ses parutions, il y a ses romans Déterrer les os (Hamac, 2016), Roux clair naturel (Hamac, 2019), Mukbang (Tête première, 2021), Highlands (Québec Amérique, 2021) et Dents de fortune (Hamac, 2024). Elle a également publié le livre illustré Bagels (Hamac, 2021), ainsi que le recueil de nouvelles Je suis celle qui veut sauver sa peau (Hamac, 2022), en plus d’avoir signé dans divers collectifs et revues. Du ventre des montagnes, publié aux éditions Québec Amérique en 2025, est son sixième roman. Il emprunte aux codes de la dark fantasy, un sous-genre de la fantasy. Un motif omniprésent dans l’œuvre de l’autrice est l’obsession : celle du corps, de la faim, de l’identité, de la part d’ombre des humains. Dans cette dernière parution, le lectorat trouvera celle sororale.
Le fanal allumé sur une pile de livres Quand j’entre dans un livre d’Alberto Manguel, j’y entre avec une image bien précise en tête, celle de l’incipit des Yeux bleus de Mistassini, roman de Jacques Poulin. Jimmy, ayant les idées embrumées tout en marchant dans le Vieux-Québec, croise du regard la couverture d’Une histoire de la lecture dans une vitrine d’une librairie. Le personnage croit y apercevoir l’image d’un phare, mais, une fois plus près du livre, il réalise qu’il s’agit plutôt d’une pile de livres sur laquelle repose un fanal allumé.
La critique en fragments : écrire l’ami Dans MB en souvenir. Mythographies de Michel Beaulieu, Paul Bélanger ne cherche pas tant à expliquer l’œuvre de Michel Beaulieu qu’à en prolonger la présence. Certains livres ne commentent pas une œuvre : ils continuent de vivre à l’intérieur d’elle. Dès l’Avant, Bélanger annonce la nature particulière de son projet : « ce qu’on s’apprête à lire s’apparente plutôt à un autoportrait, autoportrait d’une rencontre et de la fréquentation d’une œuvre ». L’essai se présente ainsi moins comme une étude critique que comme une traversée : celle d’une amitié littéraire, d’une mémoire poétique et d’un dialogue prolongé avec un poète disparu.
Prendre les armes et affronter l’hiver Quand on pense aux espaces qui représentent le mieux l’imaginaire québécois, il est impossible de faire abstraction de l’hiver. Dans les textes littéraires, les étendues blanches, le silence et la glace sont bien plus qu’un décor dans lequel agissent les êtres humains. Cette transformation de la nature « devient elle-même un actant, un élément central de l’intrigue ». Cette façon de représenter l’environnement comme une entité avec un pouvoir d’agir sur le monde se manifeste dans certains textes québécois où l’on ressent une forte sensibilité au vivant autre qu’humain.
L’amour est résistance Le monde est à toi de Martine Delvaux est un essai qui avance par fragments, entrelaçant des souvenirs qui sculptent l’avenir, des listes et des citations. On y navigue, un souhait ou un conseil à la fois, comme autant de tentatives pour dire l’amour, le penser, le transmettre. La voix de Delvaux se mêle à d’autres : à des héritages de femmes, à des échos du passé, et à des récits collectifs, faisant de ce livre un espace de dialogue entre l’intime et le politique. Cette manière d’écrire par fragments, en faisant dialoguer sa propre voix avec d’autres, s’inscrit pleinement dans le style de Martine Delvaux. On retrouve également cette approche dans Pompières et pyromanes et dans Je n’en ai jamais parlé à personne. D’un livre à l’autre, elle privilégie une écriture du morcellement, où ce qui commence par des voix intimes et des récits personnels finit par avoir une portée largement partagée.
Ce dont on ne parle pas et autres fantômes L’autrice Alexie Morin s’est fait connaitre du grand public avec la parution de son troisième livre, le roman autofictionnel Ouvrir son cœur (Le Quartanier, 2018), qui a remporté le Prix des libraires du Québec en 2019 et s’est classé finaliste au Prix littéraire des collégien·ne·s l’année suivante. Elle nous revient en 2025 avec une proposition très différente, une fiction d’inspiration gothique flirtant avec le fantastique, le premier tome d’un cycle à venir : La maison du rang Lynch.
Rassembler les sorcières : la poésie occulte comme forme de résistance En septembre 2025 est paru Incante : Manifeste (Leméac), le premier recueil de poésie de l’écrivaine et artiste québécoise Audrée Wilhelmy. Ce texte à la fois enflammé et raffiné s’inscrit parfaitement dans l’œuvre de l’autrice tant sur le plan stylistique que thématique. Une partie du recueil a été finaliste au Prix de poésie de 2023 de Radio-Canada et, déjà, on reconnait les traits qui lui ont valu les éloges du jury : le vocabulaire riche, l’appel saisissant du ton direct ainsi que la puissance d’images évoquant des époques où mythes et folklores régissaient les vies humaines.
Boualem Sansal, historien du futur Emprisonné en Algérie pendant presque un an (du 16 novembre 2024 au 12 novembre 2025), Boualem Sansal nous offre, avec son nouveau roman intitulé Vivre : le compte à rebours, paru la même année aux éditions Gallimard, un récit dont le mot d’ordre – vivre – est menacé par une éventuelle catastrophe à l’échelle planétaire.
Redéfinir la masculinité à la cabane à sucre Des romans gothiques aux mythes grecs, Martine Desjardins sait toujours trouver, dans les formes littéraires du passé, des outils pointus et incisifs pour disséquer nos peurs collectives et nos plus vilains défauts. Avec son roman Le temps des sucres, publié chez Alto en avril 2025, l’autrice nous propose cette fois-ci un pastiche de folk horror – « horreur folklorique » – à la sauce québécoise, une imitation ludique bien sucrée au sirop du pays.
Là où brule la colère, s’allume la solidarité L’œuvre « Pompières et pyromanes » de Martine Delvaux explore la dualité du feu comme symbole de révolte et de destruction, tout en mettant en lumière les luttes féministes intersectionnelles. À travers une approche poétique et engagée, elle appelle à l’éveil collectif face aux injustices sociales et environnementales, encourageant chacun à cultiver son feu intérieur.
Lorsque les poèmes forment un trottoir qui mène à demain Dans « Debout devant demain, » Clara Lagacé explore la maternité et l’habitabilité urbaine à travers une poésie empreinte d’espoir. Les poèmes dressent un tableau d’une mère marchant avec son enfant, cherchant à transformer son environnement tout en affrontant les défis de la vie quotidienne. L’œuvre évoque la nécessité de tisser des liens et d’agir pour un futur meilleur.
Quand la mémoire façonne l’imaginaire Quand la mémoire façonne l’imaginaireReturn to the DallerGut Dream Department Store – Mi Ye Lee Date de parution : 07/11/2024 Éditeur : Wildfire     Après un premier tome enchanteur, Mi Ye Lee nous entraîne de nouveau dans le monde singulier où l’on vend et façonne les rêves. Penny, désormais dans sa deuxième année à la boutique de Monsieur Dallergut, gagne en responsabilités et en privilèges, notamment grâce à l’obtention d’un précieux pass lui permettant d’accéder à un quartier prestigieux de la ville, où se concentrent artistes renommés et studios de création de rêves haut de gamme. Ce nouvel espace élargit la géographie du monde imaginé par l’autrice et laisse entrevoir, derrière son vernis harmonieux, les premières fissures d’un système traversé par des tensions sociales. Le roman met l’accent sur un aspect thérapeutique : la création de rêves comme outil de soin, particul
Portrait d’une lassitude ordinaire Portrait d'une lassitude ordinaireCelle qui fugue – Cécile Tlili Date de parution 20/08/2025 Éditeur Calmann-Lévy     Celle qui fugue, à paraître chez Calmann Levy en août 2025, s’inscrit dans une veine bien connue de la littérature contemporaine : celle du récit de soi à la première personne, porté par une femme en crise, souvent quadragénaire, souvent fraîchement séparée, souvent lasse d’une vie qu’elle ne reconnaît plus. La narratrice de Cécile Tlili ne fait pas exception. Infirmière dans une clinique parisienne, elle quitte son mari, abandonne leur appartement bourgeois et s’offre une brève échappée en Corse (à peine quelques jours malgré la promesse du résumé). De ce voyage, on ne retient pas grand-chose, si ce n’est le besoin mal défini de prendre la fuite, sans urgence ni conséquence. De retour à Paris, elle emménage dans un deux-pièces modeste, mais pas insalubre, et te