Nuit blanche

Sommaire

Emmanuelle Lescouet. Faire place à l’espoir, éditorial.

Jérome Constantin. L’espoir d’un monde meilleur après la fin du monde.
Le paradoxe des romans postapocalyptiques contemporains

Félix-Antoine Désilets-Rousseau. Imaginer la suite du monde plutôt que de le craindre.
Un entretien avec Mathieu Bélisle.

Sophie Bernier. Esquisse du prochain millénaire.

Gaétan Bélanger. Retrouver l’espoir au-delà de la douleur…

Alexandre Yergeau. Poèmes.

Étienne Beaulieu. La passion du réel.

Émile Lévesque-Jalbert. « … comme un espoir qu’il faut apprendre à distinguer. »
Le désert mauve de Nicole Brossard.

Michelle Latortue. Tisser la lumière.
Voix migrantes et espérance dans la littérature québécoise.

Félix-Antoine Désilets-Rousseau. La leçon de Rivard.

Dominique Sacy. L’espoir te ramène à l’ordre.

Charlie Bourgeois. Tant qu’il y a de la lutte, il y a de l’espoir.

Jessica Dufour. Femmes à l’œuvre : rêver pour mieux agir.

Ivoire Nadeau. Fabulations d’un monde écocentrique.

Margaret Michèle Cook. Cabrioles.

Paolo Lasagni. Hétérotopies médiévales.

Daniel Dubé. L’espoir ne s’écrit pas, il s’inscrit.

Marie-Pier Bocquet. Célébrer la force discrète du vivant : l’art de Myriam Tousignant.

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Éditorial

Faire place à l'espoir

Éditorial

Emmanuelle Lescouet, directrice et éditrice de Nuit Blanche

 

Pour marquer sa relance, Nuit Blanche consacre le premier numéro de sa nouvelle formule papier à un thème aussi littéraire que fondateur : l’espoir.

Ce choix n’a rien d’anodin. Il constitue un geste manifeste, un positionnement clair dans un paysage culturel souvent saturé de récits de désenchantement, de peur de l’effondrement ou de désespoir latent. À une époque qui semble s’écrire au conditionnel inquiet, entre urgences climatiques, précarité sociale, fragmentation du lien collectif et repli identitaire, il nous a paru nécessaire de faire une pause, non pour nier la gravité du présent, mais pour interroger ce qui, malgré tout, continue d’y faire résistance.

Car l’espoir, tel que nous souhaitons l’explorer ici, n’est ni un optimisme béat ni une posture de déni. Il ne s’agit pas d’un refuge confortable face à l’angoisse contemporaine, mais d’un mouvement, parfois fragile, souvent minoritaire, qui traverse aujourd’hui les imaginaires littéraires. Un renversement presque souterrain, à l’œuvre dans des formes narratives qui refusent la résignation cynique sans pour autant céder à l’illusion d’un monde réconcilié.

Depuis quelques années, libraires, maisons d’édition, auteur·rice·s et lectorats témoignent en effet de l’émergence d’un nouveau champ de récits porteurs : hopepunk, cosyfantasy, fictions réparatrices, utopies fragmentaires, narrations du soin, de la réparation ou de la reconstruction du monde. Ces écritures, souvent hybrides, parfois modestes dans leurs ambitions apparentes, se déploient en marge des grands récits héroïques ou catastrophistes. Elles privilégient les gestes minuscules, les solidarités locales, les communautés choisies, les trajectoires de résilience plutôt que les victoires éclatantes.

Loin de nier la noirceur de notre époque, ces récits l’affrontent autrement. Ils prennent acte des fractures, des pertes et des violences, mais choisissent de répondre par l’attention, la communauté, la persistance du lien. Ils mettent en scène des personnages qui réparent plus qu’ils ne conquièrent, qui prennent soin plutôt qu’ils ne dominent, qui apprennent à vivre avec les ruines plutôt qu’à les survoler. Ce sont des fictions où l’avenir demeure incertain, mais jamais entièrement privé de lumière.

En choisissant de consacrer ce numéro à l’espoir, Nuit Blanche souhaite interroger ce regain narratif comme un phénomène à la fois littéraire, culturel et critique. Que dit-il de notre rapport au monde ? De nos attentes envers la fiction ? De notre besoin, peut-être renouvelé, de récits capables non pas de prédire l’avenir, mais de rendre le présent habitable ?

Peut-on encore croire à la force transformatrice des récits ? Comment la littérature peut-elle aujourd’hui retisser du lien social, proposer des trajectoires de réconciliation, cultiver la tendresse comme acte politique, ou nourrir un élan vital sans naïveté ? À quelles conditions l’espoir cesse-t-il d’être un slogan pour redevenir une pratique, un travail patient de l’imaginaire ?

Les textes réunis dans ce dossier ne proposent ni réponses univoques ni modèles à suivre. Ils dessinent plutôt une cartographie sensible de ce que l’espoir peut signifier aujourd’hui : une posture critique, un refus de l’effacement, une attention renouvelée aux formes de vie vulnérables, humaines et non humaines. Ils témoignent d’un désir de continuité là où tout semble annoncer la rupture, d’une volonté de transmission dans un monde qui valorise souvent l’instantané et l’oubli.

Ce premier numéro de la relance se veut ainsi à la fois laboratoire de l’imaginaire collectif et déclaration d’intention éditoriale. Car relancer une revue, aujourd’hui, relève déjà d’un acte d’obstination. C’est parier sur la durée dans un écosystème culturel soumis à la précarité, à l’accélération et à l’éparpillement des attentions. C’est croire à la valeur du dialogue critique, à la nécessité de lieux où la pensée peut se déployer sans se soumettre aux logiques de rendement immédiat.

Relancer Nuit Blanche, c’est aussi faire le choix du commun : du débat, de la circulation des idées, de la rencontre entre les œuvres, les disciplines et les lectorats. C’est affirmer que la critique littéraire demeure un espace de médiation essentiel, un lieu où les textes ne sont pas seulement évalués, mais accompagnés, interrogés, mis en relation. C’est refuser l’isolement des voix et œuvrer, modestement, mais résolument, à leur mise en résonance.

En consacrant ce numéro à l’espoir, nous affirmons enfin une conviction simple, mais exigeante : lire, critiquer, penser et créer ensemble garde un sens — et une nécessité — dans un monde en perpétuelle reconfiguration. L’espoir n’est peut-être pas une promesse de lendemain radieux, mais il demeure un geste de présence au monde, une manière de ne pas renoncer. Et c’est à ce geste, fragile et tenace, que Nuit Blanche souhaite aujourd’hui faire place.

Contributeur·rice·s

Emmanuelle Lescouet
Éditrice

Myriam Tousignant
Image de couverture et illustrations intérieures

Pierre Gabriel Dumoulin
réviseur·se linguistique

Jérome
Constantin

Émile
Lévesque-Jalbert

Margaret Michèle
Cook

Félix-Antoine
Désilets-Rousseau

Michelle
Latortue

Paolo
Lasagni

Sophie
Bernier

Dominique
Sacy

Daniel
Dubé

Gaétan
Bélanger

Charlie
Bourgeois

Marie-Pier
Bocquet

Alexandre
Yergeau

Jessica
Dufour

Étienne
Beaulieu

Ivoire
Nadeau