Ugo Monticone

ZHAOLE

CRAM, Montréal, 2005
356 pages
26,95 $

Après Chronique de ma résurrection, un récit de voyage dans l’Ouest canadien, et Terre des hommes intègres, qui raconte ses pérégrinations en Afrique noire, Ugo Monticone récidive avec Zhaole, un livre qui cette fois contient non seulement un récit de voyage mais aussi un roman inspiré de son périple en Asie du Sud-Est. Dans le premier, on retrouve des éléments caractéristiques de la pratique actuelle du récit de voyage. Ainsi, aux destinations touristiques convenues Monticone préfère les régions moins fréquentées de la Thaïlande, du Laos, du Cambodge, du Vietnam, de la Chine et du Tibet. De plus, le voyageur éprouve le désir d’apprendre à désapprendre, la volonté de se désaliéner d’une perception ethnocentrée de sa culture au profit d’une meilleure (re)connaissance de l’Autre. « C’est la folie touristique que je voulais fuir, rencontrer de vrais habitants », de préciser l’auteur. Pour sa part, le roman raconte la descente aux enfers d’un jeune Chinois qui, dans les années 1970, quitte clandestinement les camps de rééducation du régime maoïste. Il se retrouve au Vietnam où il doit malgré lui joindre les rangs des Viêt-congs, se terrer dans des tunnels pour survivre aux attaques au napalm des « impérialistes américains ». Il réussit à fuir cette guerre sanglante pour le Cambodge des Khmers rouges, où l’attend une situation pire encore que celle qui prévalait dans son village du Yunnan. L’histoire éprouvante de ce jeune Chinois qui tombe de Charybde en Scylla constitue une façon fort efficace de nous faire vivre l’altérité par personnage interposé. Non moins que le récit de voyage, elle nous invite à accéder à une autre forme de présence à soi, nous permet d’acquérir une connaissance renouvelée de l’ailleurs, de l’Autre et de soi-même. Dans les deux récits en fait, on assiste à un voyage initiatique dont les protagonistes reviennent riches d’une plus grande sagesse à partager : « Nous sommes ici-bas pour apprendre », « les épreuves, les douleurs sont un enseignement », la quête du bonheur se vit dans le ici maintenant et « rien n’est plus important que de [ ] profiter de l’instant présent ». À lire pour la manière originale de juxtaposer dans un même livre et un récit de voyage et un roman.

Publié le 17 juin 2006 à 16 h 01 | Mis à jour le 17 juin 2006 à 16 h 01