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Frédéric Mitterrand

LA MAUVAISE VIE

Robert Laffont, Paris, 2005
350 pages
29,95 $

Frédéric Mitterrand, neveu de l’ex-président, animateur vedette de télévision avantageusement connu en France, expose son « bilan de vie ». Le résultat : un récit magistral, envoûtant, soutenu par une écriture opérant une brillante synthèse entre la sobriété, la pudeur et un élan perpétuel, qui font de la lecture un plaisir de la première à la dernière page.

Quelle est donc la « mauvaise vie » que Frédéric Mitterrand prétend avoir vécue ? Elle tourne beaucoup autour de ses ébats sexuels et du mépris pour sa propre personne que cela a provoqué. Homosexuel, cet écrivain « au seuil de la vieillesse », comme il l’écrit, auteur d’une dizaine de livres, décrit son penchant pour la prostitution masculine. Parlant de l’une de ses premières aventures, il dit : « Il reste le premier de la très longue série, c’est avec lui que j’ai pris le pli de payer pour les garçons ».

Frédéric Mitterrand réalise ses fantasmes jusqu’à aller plusieurs fois en Thaïlande pour rencontrer de jeunes adultes mâles. Les derniers chapitres du livre racontent en détail ces épisodes.

Mais insister sur ces activités trahirait toutefois la richesse de l’ouvrage. Le sexe et les « déviations » de l’auteur ne prennent pas toute la place. Une bonne part du propos évoque des souvenirs pittoresques liés à des gens qui ont marqué la vie de l’auteur ; la plupart des chapitres ont d’ailleurs pour titres les noms de ces personnages.

Frédéric Mitterrand parle donc de son enfance bourgeoise vécue dans le 16e arrondissement de Paris, des grands personnages qu’il a rencontrés, notamment dans le domaine culturel, de son implication dans le cinéma, des traits de caractère de certains de ses proches, y compris des domestiques. Sur ce dernier point, il consacre un chapitre à la « méchante » et à la « gentille », avec lesquelles il tente de renouer plus tard. Il en conclut : « […] c’est étrange, au fond je n’ai pas tellement compté pour elles ».
C’est une impression forte que l’on garde de la « mauvaise vie » de Frédéric Mitterrand : celle d’un homme sensible, avide d’amour et d’attachement. Ne confesse-t-il pas d’ailleurs que « c’était une erreur de se haïr soi-même avec tant de persévérance quand, dit-il, j’aurais pu obtenir d’être aimé tout aussi bien qu’un autre ».

Publié le 17 juin 2006 à 15 h 57 | Mis à jour le 17 juin 2006 à 15 h 57