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Mazarine Pingeot

ZEYN OU LA RECONQUÊTE

Julliard, Paris, 2000
204 pages
26,95 $

Le Premier roman de Mazarine Pingeot fit naître la polémique ; la parution de Zeyn ou la reconquête la ranima… Mise en cause, l’aisance déconcertante, et selon certains arbitraire, avec laquelle la fille de François Mitterrand avait trouvé éditeur à sa main. Le phénomène « Pingeot » (décidément, le suffixe patronymique en « -ot » déchaîne les passions ces temps-ci en France ) fit ainsi couler, par articles interposés, beaucoup d’encre… D’un côté, les dénonciateurs : « Le Monde […] accepta la soupe, la chipota en une dans des termes si tartuffesques qu’ils confinaient à la franchise » (dixit Libération) ; de l’autre les flagorneurs : « [Mazarine est] démolie par la critique pour des raisons sans rapport avec la littérature » (dixit Le Monde) ; au milieu, les pyrrhoniens : « L’affaire révèle les réseaux de relation, de complaisance, de complicité qu’entretiennent les éditeurs parisiens et les médias qui comptent. […] Et partout on déjeune stratégique, on combine fumant, on pelote cultivé » (Webdo). Tous ces échos resteraient anecdotiques s’ils ne révélaient un profond malaise dans le monde éditorial français, et surtout l’affligeante vacuité de cette production dont on fait les manchettes. Encore une fois, le tumulte médiatique aura surclassé le débat critique sur le livre même.

Alors, ce roman ? Ni pire, ni mieux que beaucoup d’autres, en dépit de quelques poncifs. Zeyn, comme ses parents – des opposants du régime d’Hafez El-Assad réfugiés à Paris –, est une « exilée de nulle part, de moi-même avant tout ». Marginale, pas vraiment Syrienne ni tout à fait Française, elle extravague, jusqu’à sa rencontre avec Youssef, un intellectuel quinquagénaire libertin dont la présence paternelle aura valeur éducative. Sa reconquête, c’est le voyage initiatique qui la ramène aux sources après la mort de son père et qui lui fait découvrir Palmyre, Damas « Une réflexion autour de la figure du père » annonce l’éditeur, mais une histoire à laquelle on ne croit pas vraiment en vérité ; un récit qui, il faut bien le dire, est un peu contraint. Rien qui justifiât l’éloge ou le dénigrement, encore qu’on puisse légitimement attendre davantage de rigueur de la part d’une normalienne agrégée de philosophie : dans une fiction qui se veut réaliste, le lecteur aimerait savoir, par exemple, s’il ne « fait pourtant pas froid » ou, à quelques paragraphes de là, si le vent est « glacial » Il fut un temps où l’École normale supérieure formait des littérateurs plus convaincants. Bref, si ça n’a jamais été facile d’être une fille morganatique, il est peut-être plus insurmontable encore d’être l’héritière scolastique d’un Raymond Aron ou d’un Jean-Paul Sartre.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 6 février 2015 à 11 h 55