Accueil > Commentaires de lecture > Fiction > VOYAGES ET AUTRES DÉPLACEMENTS

Numéro 117

Sylvie Massicotte

VOYAGES ET AUTRES DÉPLACEMENTS

L'instant même, Québec, 2008
116 pages
11 $

D’abord publié en 1995, le recueil de Sylvie Massicotte réapparaît treize ans plus tard en format poche. Riche idée de L’instant même que de donner un nouveau souffle à ces 28 courtes nouvelles, toujours actuelles, destinées à « ceux et celles qui ont partagé la route ». Le recueil ne s’en tient pas qu’à une critique du voyage touristique, comme le laisse croire le premier récit, mais se lance dans d’autres déplacements : les mouvements entre les gens, ceux qui les rapprochent ou qui les éloignent, qu’il s’agisse de liens familiaux, d’amitié ou d’amour.

Dans des lieux précis mais innommés, comme un bar, un café ou un appartement, ou encore entre deux lieux, comme dans un avion, on assiste à des départs, des séparations, des retrouvailles. Ce qui importe dans ces moments magiques de transit, c’est la rencontre. Mais celle-ci demeure souvent inachevée. Certains personnages décident de fuir d’anciennes amours, d’autres, la vie emmerdante de bureau, pour ne pas mourir. La peau, le vent et le corps sont des motifs qui reviennent à travers les mouvements des envies, des désirs et des espoirs. Devant ces rencontres impossibles apparaissent la tristesse, la solitude, ou plutôt l’isolement, comme dans la nouvelle intitulée « Agonie », sorte de vague à l’âme vécu dans le désert.

Massicotte adopte un ton juste et maîtrise parfaitement l’art de la nouvelle, concise et surprenante. Paradoxalement, les choses les plus étonnantes finissent par aller de soi. Par ailleurs, des paroles dites sans écho ou tues laissent croire qu’il n’y a pas de réponse à tout. L’on pense par exemple à « Mon frère », où tout se joue dans le non-dit. Les phrases courtes, elliptiques, traduisent une réalité voyageuse qui échappe aux personnages, une communication parfois déficiente entre eux.

En quête d’autre chose ou d’ailleurs, les personnages du recueil fuient la banalité du quotidien, tentant de s’accrocher à l’essentiel dans l’infini des relations entre les êtres. Ces autres déplacements font entendre que les « voyages ne sont pas toujours ceux que l’on croit ». Il y a aussi les souvenirs, le retour vers l’enfance, ou encore le dernier voyage.

Publié le 30 décembre 2009 à 20 h 51 | Mis à jour le 28 janvier 2015 à 11 h 27