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Mode lecture zen

NUIT BLANCHE

Le troisième roman de Caroline Paquin, Voyage en mères, se concentre autour de la maternité. Il présente le récit d’Héloïse, mère depuis peu, qui passe la nuit dans la maison où elle a grandi. Elle s’y est retirée pour réfléchir aux femmes qui ont peuplé sa vie passée, ainsi qu’aux hommes qui les ont aimées autant qu’ils les ont blessées.

Malgré le joli titre et la promesse d’un roman touchant, Voyage en mères est très décevant. Les femmes du récit sont montrées comme de parfaites beautés, pures et sages. Chaque faute qu’elles commettent est vite expliquée par les malheurs qu’elles ont vécus : inceste, abandon, perte d’un être cher. Ces femmes deviennent vite agaçantes dans la façon dont elles se complaisent dans leur douleur. En effet, l’auteure tente de susciter la compassion du lecteur en lui rappelant sans cesse à quel point elles souffrent de leur sort et n’y peuvent rien. Les émotions sont lourdes et exagérées, presque pathétiques. Les névroses féminines, au lieu de faire naître la sympathie, provoquent l’exaspération du lecteur.

La structure du récit, chaotique, ajoute à la distance qui se crée entre les personnages et le lecteur. Durant sa nuit de réflexion, Héloïse revit des moments passés, sans lien cependant les uns avec les autres. Certains souvenirs mènent même à d’autres souvenirs, ce qui complique le récit. De plus, la narration ne s’en tient pas seulement à l’histoire d’Héloïse : des retours en arrière relatent le passé d’autres personnages. Ce changement de perspective est souvent confus et n’apporte rien au récit.

Le roman contient tout de même de beaux passages sur la relation mère-fille et sur l’adoption. Cependant, ceux-ci sont gâchés par une narration moralisatrice. L’auteure ne semble pas faire confiance au lecteur. Elle ne laisse place à aucune interprétation, au contraire elle explique les passages métaphoriques par des commentaires clichés.

Voyage en mères aurait besoin d’une construction solide et d’un fil conducteur plus apparent. Mais surtout, il aurait besoin d’être débarrassé de ses lourdeurs…

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