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Alain Olivier

VOYAGE AU MALI SANS CHAMEAU

XYZ, Montréal, 2010
329 pages
25 $

« En t’écrivant, j’ai parfois le sentiment d’être un faussaire, un charlatan, un usurpateur, un imposteur, un fumiste. Comment puis-je me permettre de te faire part de mes impressions sur le Mali alors que je n’en connais presque rien ? » Auteur de deux romans et d’un récit de voyage au Viêt Nam, Alain Olivier semble bien conscient de la difficulté que pose l’écriture d’un récit de voyage. Comment en effet rendre compte d’une réalité référentielle complexe, en l’occurrence le Mali, entrevue pendant un voyage ? Pour résoudre cette difficulté, Olivier adopte une approche qui s’apparente à celle des voyageurs romantiques du XIXe siècle et qui consiste à se détourner de la stricte reproduction du réel au profit d’une certaine forme d’horizon autobiographique. On se rappellera qu’avec Chateaubriand le discours du moi devient partie intégrante du récit de voyage. « Je parle éternellement de moi », annonçait dans sa préface l’auteur de l’Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811). Olivier confirme que cette tendance reste encore bien actuelle. Adressé à son fils, resté au Québec, son récit lui permet bien sûr de faire état des particularités de certaines villes maliennes (Bamako, Koulikoro, Katibougou, Ségou, Koutiala, Djenné, Mopti, etc.), de l’accueil chaleureux des habitants, de leurs croyances et légendes, de leurs vêtements, de leur nourriture, etc. Mais plus encore peut-être, ce récit lui donne l’occasion d’évoquer ses souvenirs d’enfance, ses relations familiales, ses lectures (Nicolas Bouvier, Göran Tunström, Arturo Pérez-Reverte, Montaigne, Camus, Yasmina Khadra, etc.), ses craintes, ses désirs, ses réflexions (sur la vie et la mort, les relations père-fils, l’identité, les femmes, etc.), ses « autres voyages effectués, en d’autres temps, dans d’autres pays ». Les lieux visités deviennent bien souvent prétextes à provoquer les échos de la mémoire : « Au Mali, mes pérégrinations ressemblent plutôt, à l’occasion, aux déambulations d’un homme qui retrouve son passé ». On assiste alors à un déplacement constant du voyage au voyageur, des autres à soi : « La vérité, c’est que même en parlant des autres, on n’écrit jamais que sur soi », de dire Olivier. Dans ces circonstances, le lecteur qui s’attend surtout à trouver des informations ethnographiques, géographiques ou historiques convenues sur le Mali sera sans doute déçu. En revanche, celui qui s’intéresse à la façon dont un auteur profite de son voyage pour mieux se décentrer et interroger « le sens de l’existence » y trouvera son compte. N’est-ce pas là au fond, comme le disait Tzvetan Todorov dans un opuscule publié en 2007, l’une des fonctions de la littérature, soit de donner « une leçon de vie » et de permettre « à chacun de mieux répondre à sa vocation d’être humain » ?

Publié le 24 mars 2011 à 17 h 32 | Mis à jour le 2 février 2015 à 19 h 53