Accueil > Commentaires de lecture > Fiction > VOUS PLAISANTEZ, MONSIEUR TANNER

Jean-Paul Dubois

VOUS PLAISANTEZ, MONSIEUR TANNER

L'Olivier, Paris, 2006
198 pages
24,95 $

L’expression populaire « se peinturer dans l’coin » prend toute sa signification dans le dernier-né de Jean-Paul Dubois. Alors que le gigolo de feu son vieil oncle se prélasse au bord de la mer dans le luxueux appartement que son vieil amant lui a légué, Paul, le neveu moins choyé, bosse sur la ruine que ce dernier lui a laissée en héritage. L’entreprise est colossale mais notre homme en a vu d’autres ! Il décide donc d’engager des professionnels pour lui prêter main forte. Et défile alors sous nos yeux ébahis une galerie de personnages bizarroïdes, incongrus et parfois carrément fourbes !

Avec le talent de conteur et la verve qu’on lui connaît, Jean-Paul Dubois nous dépeint les petites et les grandes misères d’un pauvre célibataire qui s’échine à restaurer une maison où pourraient cohabiter plusieurs générations tellement elle est immense ! S’adjoignant quelques représentants des divers corps de métier de la construction, monsieur Tanner découvre avec stupéfaction plusieurs facettes de la nature humaine : une paire de paresseux escrocs travaillant au noir, escortée d’une horde de chiens se charge de refaire la toiture ; Chavolo et Dorado, analphabètes amateurs de calendriers Pirelli, refont les plafonds ; un jeune Russe à la foi envahissante refait quant à lui « l’éliectriciétié » selon « shéma riousse » ; un maçon bougon et taciturne fait une erreur qu’il aurait fallu « voir avant » ; un spécialiste des cheminées se fait attendre et un ingénieux plombier prénommé Émile Harang déclenche un déluge mais les rénovations atteignent leur point culminant lorsque se présente Khaled Fahred, jointeur professionnel. « On aurait dit qu’il faisait l’amour à un buffle d’Afrique ou luttait à mains nues contre un gavial. Il soufflait à pleins poumons puis bloquait sa respiration, émettait quelques petits cris étouffés, des gémissements pouvant aussi bien s’apparenter à de la douleur qu’à du plaisir, s’autorisait encore quelques halètements, puis se relâchait en une jouissance animale plaintive et grognée. »

La déveine de ce pauvre bougre, un peu naïf mais fort sympathique, nous incite à y penser à deux fois avant d’entreprendre des rénovations…

Publié le 7 juin 2006 à 18 h 20 | Mis à jour le 7 juin 2006 à 18 h 20