Numéro 158

Jussi Adler-Olsen

VICTIME 2117

Trad. du danois par Caroline Berg
Albin Michel, Paris, 2020
572 pages
34,95 $

Qui est cette 2117e migrante retrouvée noyée en Méditerranée, comme hélas tant d’autres ? Pour l’inspecteur Assad, du Département V de Copenhague, ce n’est pas une inconnue. Le policier a su cacher son douloureux passé à ses collègues, mais celui-ci lui remonte brutalement à la mémoire sans crier gare.

La huitième enquête du Danois Jussi Adler-Olsen, Victime 2117, part sur les chapeaux de roues, et l’intrigue principale comme les intrigues secondaires se déroulent à un train d’enfer. D’une triste actualité brûlante, le premier fil rouge que l’auteur dévide est l’enquête que mène un journaliste catalan à partir de l’île de Chypre, sur les lieux du naufrage. Pour se refaire une virginité professionnelle, il s’intéresse au sort de quelques-uns des survivants. « Dans un instant […] il irait parler aux deux pleureuses pour essayer de savoir pourquoi cette mort les avait affectées. » Ses articles feront le tour du monde, oui, mais le reporter se mettra rapidement les pieds dans les plats et, conséquemment, il mettra sa vie en danger.

En parallèle, deuxième fil rouge. Bien loin de Chypre, à Copenhague, l’équipe d’enquêteurs dirigée par Carl Mørck commence à comprendre ce qu’a souffert à l’époque, dans son pays d’origine, leur mystérieux collègue Assad et décide de l’accompagner dans sa quête. Ensemble, ils poursuivent l’impitoyable terroriste islamiste Ghaalib, qui prépare une série d’attentats en Europe. « Je suis sûr aussi qu’il détient ma famille et qu’il risque de leur faire mal à tout moment », explique Assad. Leur traque les mènera jusqu’en Allemagne, jusqu’à l’hallali.

Concurremment, l’auteur déroule un troisième fil rouge. Toujours à Copenhague, un hikikomori danois se cloître dans sa chambre avec son ordinateur, son katana – un sabre japonais – et ses idées fixes. Il s’intéresse aussi à la victime 2117, car il cherche un exutoire à sa folie meurtrière et parricide, une raison pour l’actualiser. « Et quand enfin il atteindrait ce chiffre inimaginable, il sortirait de sa chambre […] et il prendrait sa revanche sur tous les mauvais traitements qu’il avait subis. »

Adler-Olsen attachera avec brio tous les fils de ce thriller terroriste, comme il sait si bien le faire. De nombreux prix ont d’ailleurs récompensé l’œuvre de l’auteur danois, dont le très convoité prix des libraires De Gyldne Laurbær, Les lauriers d’or, qu’un auteur ne peut recevoir qu’une seule fois dans sa vie.

Victime 2117, cette, ou plutôt ces courses contre la montre peuvent parfois paraître tirées par les cheveux, mais elles ne manquent ni de rigoureuses références géopolitiques ni d’émotions, comme dans l’émouvant poème placé en exergue, « Les doigts des noyés », du poète irakien Falah Alsufi.

Publié le 29 avril 2020 à 14 h 55 | Mis à jour le 4 mai 2020 à 11 h 42