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Numéro 79

Paulo Coelho

VÉRONIKA DÉCIDE DE MOURIR

Trad. du portugais (Brésil) par Françoise Marchand-Sauvagnargues
Anne Carrière, Paris, 2000
288 pages
22,95 $

L’un des plus grands businessmen de la littérature frappe encore ! Il paraîtrait que même Bill Clinton le lit, lui qu’on croyait plutôt ébloui par Faulkner et quelques autres petites excentricités. Toujours est-il que le succès est déjà foudroyant et que la plupart des bons libraires du monde entier bavent de joie en anticipant les recettes. Le nouveau Coelho est arrivé ! Il défendra dignement son espace sur le marché des auteurs de la mondialisation à côté des Mary Higgins Clark, Stephen King et Iain Banks (l’auteur du récent et médiocre best-seller pour consultants et hommes d’affaires avertis : The Business ). Aucun ingrédient n’a été laissé au hasard : du New Age autant qu’il en faut, un zeste d’ésotérisme version T. Lobsang Rampa, un tantinet de soufisme, du sexe soumis au fantasme machiste, de la jolie folie proprette, du romantisme musical et, surtout, un moralisme de bon aloi, bien correct politiquement.

À 24 ans, Veronika, une Slovène de Ljubljana, décide de se suicider en avalant des somnifères. Deux motifs la conduisent à poser ce geste : primo, la vieillesse risque d’être lamentable ; secundo, l’état du monde lui donne un profond sentiment d’inutilité. Notre héroïne échappe toutefois à la mort et se retrouve à Villette, un hôpital psychiatrique où les véritables fous côtoient des exclus du système et des gens qui le fuient pour se protéger du cynisme social ou de la stérilité du conformisme. De toute manière, chacun tolère le mal comme il le peut et comme il le veut. « Personne ne peut juger. Chacun connaît la dimension de sa propre souffrance et sait si sa vie est vide de sens. » C’est d’abord cela qu’apprend la jeune fille au contact de Zedka, aux prises avec une dépression chronique, d’Eduard le schizophrène, de Maria, l’avocate souffrant du syndrome de panique, et du Dr Igor, le directeur de l’hospice qui prépare une thèse sur le comportement humain dit « normal » et sur les moyens de combattre le Vitriol, autre nom de l’Amertume, toxique mortel que sécrète l’organisme et l’empoisonne petit à petit.

Il y a là un trajet, une quête mystique qui conduit à la prise de conscience de la vie et de la mort. Veronika entrevoit alors la possibilité d’expérimenter autrement, d’apercevoir les mille Veronika qui l’habitent, chacune avec leurs polarités propres. Au terme du chemin, l’amour et le présent se dévoilent. Elle peut alors choisir d’être responsable, c’est-à-dire d’éliminer la peur qui la gruge. Peut-on imaginer plus belle réussite, respect plus touchant du modèle dominant ?

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 18 décembre 2014 à 13 h 02