Accueil > Commentaires de lecture > Fiction > VENGEANCES CROISÉES

Laurent Laplante

VENGEANCES CROISÉES

JCL, Chicoutimi, 2006
309 pages
17,95 $

« Cela revêtait les apparences d’un repas d’amoureux, mais ils parlaient meurtre. ‘Ça en fait un d’éliminé’. » La première phrase du dernier roman de Laurent Laplante nous introduit d’emblée dans cette histoire de vengeances. Marie-Hélène et Jean-Luc forment (en apparence) un petit couple parfait de jeunes amoureux. À ceci près qu’ils fomentent de sales coups, dictés, selon leur vision très personnelle de ces choses, par l’amour et par un besoin de rendre la justice. La mission qu’ils se sont ainsi octroyée ? Faire passer de vie à trépas ceux qu’ils considèrent comme des nuisances. « On leur met un instant le nez dans leur crasse, puis on les élimine. […] Ce ne sont pas des gens capables de regretter, de vraiment regretter ce qu’ils ont fait. » La montée en puissance du récit est si habile que l’on est presque tenté, un temps, de donner raison à nos deux tourtereaux justiciers qui mettent un point d’honneur à accomplir leur tâche proprement. « Deux enfants agressés par un libéré conditionnel », « Un viol à la source du meurtre de la côte Gilmour »… De simples coupures de presse pour justifier le passage à l’acte. Mais la quête de justice, bientôt, cédera le pas au plaisir intrinsèque que procure le meurtre, la perversion se substituant peu à peu à la tentative de justification du début. Jean-Jacques Marceau et André Pharand, que nous avions déjà eu le bonheur de croiser dans Les morts du Blavet (2004), se lancent aux trousses de ces assassins pour qui brouiller les pistes relève du grand art.

On retrouve comme à l’accoutumée chez Laurent Laplante ce style soigné, précis, un rien parfois suranné (« Pharand se sentit en connivence avec cet avocat peu porté aux états d’âme ») qui fait précisément en sorte qu’on le reconnaît entre mille, ce qui est incontestablement la marque des plus grands.

Ici ou là, derrière le romancier qu’est désormais Laurent Laplante, point l’admirable essayiste qu’il fut pendant longtemps et qui continue de porter sur le monde qui l’entoure un regard tout à la fois critique et averti. « Toute la nuit, le travail avait été oppressant, les patients plus souvent déboussolés, fiévreux, dolents, la patience de Marie-Hélène mise à plus dure épreuve. Pourquoi, se demandait-elle, les plus jeunes infirmières sont-elles surtaxées en termes d’horaires et de constantes adaptations ? La profession lui convenait, elle espérait y passer sa vie, mais elle détestait la gestion qu’on en faisait. »

Une intrigue bien ficelée, des personnages bien campés, un dénouement à la hauteur, un style efficace : que diable demander de plus ?

Publié le 26 novembre 2006 à 21 h 23 | Mis à jour le 18 janvier 2015 à 16 h 01