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Numéro 105

Maxime-Olivier Moutier

LES TROIS MODES DE CONSERVATION DES VIANDES

Marchand de feuilles, Montréal, 2006
264 pages
21,95 $

Depuis la parution de Pour une éthique urbaine en 2002, beaucoup de choses ont changé pour Maxime-Olivier Moutier. Devenu psychanalyste, celui que l’on présentait comme l’écrivain phare de la relève québécoise au tournant des années 2000 fait désormais passer l’écriture en second. Travaillant comme intervenant dans un centre de crise, marié et père de trois enfants, l’auteur autrefois connu pour ses œuvres où l’état de choc étant prégnant a modifié son rapport à l’écriture, affirmant que ses problèmes, aujourd’hui, ne concernent plus la littérature. Le jeune homme jadis tourmenté et individualiste s’est transformé en un époux et un père responsable du bien-être de sa famille, à laquelle il consacre désormais sa vie avec le plus grand bonheur.

C’est d’ailleurs de cette vie domestique hautement signifiante dont il est question dans Les trois modes de conservation des viandes, son plus récent ouvrage. Ce roman, publié chez un nouvel éditeur (puisque les éditions de L’Effet pourpre ont cessé leurs activités), se veut « un véritable antibiotique pour une génération issue de la famille décomposée […] un remède contre la désillusion et le cafard moderne ». En alternance sont présentés deux récits : celui, narré au « vous », de l’enfant qui souffre de l’instabilité de ses parents, et celui, narré au « je », d’un homme fier de l’équilibre qu’il a atteint dans son rôle de père de famille.

Pour le narrateur adulte, le quotidien de la vie familiale, fait de multiples obligations, est rédempteur. Investi d’une mission nouvelle, le père voit les jours et les tâches se succéder. Certains deuils sont évidemment nécessaires, mais il ne se « désengage pas », convaincu que son engagement quotidien constitue une réponse pertinente au cynisme ambiant et à la désacralisation dont souffre la famille québécoise. À ses côtés, la femme est plus qu’une partenaire ; elle joue un rôle catalyseur. « La force que j’ai, c’est ma femme qui me l’a donnée. Si je sais faire tant de choses désormais, c’est que sa présence m’en a donné les moyens. […] Elle a fait de moi un homme capable de se lever le matin avec le désir dévorant de s’engager dans la journée. »

Toujours aussi vive et sensible, la plume de Maxime-Olivier Moutier laisse ainsi transparaître, pour la première fois peut-être, « la possibilité du bonheur », d’une plénitude construite à deux. « Nous apprécions le vent sur la peau de notre visage. Le vent qui se faufile par les failles et les fissures. Nous regardons nos enfants, et eux aussi ressentent ce vent. […] Nous sommes bien. »

Publié le 26 novembre 2006 à 21 h 25 | Mis à jour le 29 janvier 2015 à 19 h 20