Numéro 83

Christian Mistral

VALIUM

XYZ, Montréal, 2000
280 pages
24,95 $

Comme le disait l’auteur lors d’une rencontre publique, le choix de l’« autofiction » aura sans doute été sa meilleure intuition. Après cinq ans et des chansons, le Mistral revient, en forme malgré une histoire qui verse dans un certain déplaisir. En cinquante« bouts d’histoires », Valium relate sa trajectoire d’écrivain avant, pendant et après la publication du roman Vamp. Le succès lui amène la rencontre de Jo Genêt et de Mary-Rasberry, toutes deux femmes de lettres à leur manière. L’écrivain est à la fois victime et bourreau, certes, mais dans ce cortège de femmes fatales, d’amis fantomatiques et de fossoyeurs à temps partiel, on découvrira qui vampirise qui, dans des amours dont personne ne sort indemne, même pas le cher, le truculent et fidèle Léo.

Si le médicament en cause dans le titre fait couler vers une fin douce, l’auteur joue d’effets contraires, car le récit souffre d’inégalités, attirant l’attention sur certains personnages qui disparaissent ensuite, nous laissant en plan. On perd ainsi Fantasio dans le récit de ses voyages, tout comme les connaissances dont il parle (toutefois, le retour de Vago, une pure apparition, tombe juste). Par ailleurs, lorsqu’il est temps d’illustrer les liens entre les personnages – liens fondés sur l’écriture -, le texte est alors broché de poèmes, un peu plus faibles que le reste de la prose offerte mais l’idée est bonne . Outre les digressions et les tics que l’on reconnaît chez l’auteur (jeux de mots quelquefois convenus et étalage de mots recherchés ou argotiques donnant dans le clinquant), le roman ne manque pas d’élan et se lit avec un intérêt soutenu. Les anecdotes enfilées en chapitres prennent valeur de remise en ordre d’un monde qui s’est écroulé, dont les réminiscences traversent les nimbes d’une mémoire altérée et d’un quotidien disloqué. Après Vamp et Vautour, cette suite du cycle Vortex Violet porte sans conteste la marque Mistral : il y peaufine son esthétique très « lucidité de last call » avec ce qu’elle comprend de tragique, et, malgré le malaise qui y est suggéré, par moments une franche rigolade éclate, souvent grinçante, grâce à certains effets de style, aux réflexions du Christian romanesque soudain très pragmatique. On est aussi saisi par le déballage d’une prose poétique emportée, à travers le rythme des dialogues, toujours bien menés avec un souci évident d’une justesse de l’expression.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 14 janvier 2003 à 14 h 21