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Numéro 97

Paul Chamberland

UNE POLITIQUE DE LA DOULEUR

POUR RÉSISTER À NOTRE ANÉANTISSEMENT

VLB, Montréal, 2004
288 pages
24,95 $

Le portrait que trace Paul Chamberland de l’avenir n’est pas rose. Le professeur au Département d’études littéraires de l’UQAM considère du même œil que Lawrence Olivier dans Contre l’espoir comme tâche politique la fin possible de toute vie sur terre et la fin de notre propre humanité au sens moral. Le contexte néolibéral actuel empêche la plupart de voir le monstrueux autour de nous, monstrueux dont nous sommes les complices. Nous savons que la terre est menacée, mais nous préférons pratiquer l’autisme social : l’ignorance volontaire.

Le livre de Chamberland n’est pourtant pas un nouveau livre sur les catastrophes possibles qui nous guettent. Il n’est pas un Joseph E. Stiglitz, un Jean Ziegler ou un Hubert Reeves. Le but avoué n’est pas de faire un exposé objectif des faits connus, mais de produire un essai au sens fort, un discours subjectif exprimant une expérience avant tout personnelle. Allant plus loin qu’En nouvelle barbarie (1999), il propose une politique de la douleur, c’est-à-dire au lieu d’une politique qui prend sa source dans la haine, la colère et la destruction, une politique où chacun redeviendrait conscient de sa propre vulnérabilité. Ce n’est pas une politique au sens habituel du terme, mais une condition préalable à toute nouvelle politique voulant changer le cours actuellement dément des choses. Il s’agit de prendre conscience de sa faiblesse, de ne point abuser de sa force quand l’autre est faible.

Trop d’importance est accordée aux forts, aux prédateurs, à ceux qui écrasent inhumainement. Le pire est de prétendre qu’ils ont « réussi ». Imposer sa volonté ne fait qu’attiser la haine et la colère. « L’oubli de la douleur coupe l’accès à une ressource indispensable à l’humanité pour résister aux forces destructrices qui la poussent à son anéantissement. »

Malgré le ton pessimiste, on est loin de l’indifférence ici. On a plutôt affaire à une ode à la vie, vue à travers son prisme négatif.

Le style de Paul Chamberland est magnifiquement poétique. Son écriture poignante force la réflexion. À lire lentement. Laissez-vous envoûter.

Publié le 24 novembre 2004 à 10 h 53 | Mis à jour le 24 novembre 2004 à 10 h 53