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Margaret Laurence

UNE DIVINE PLAISANTERIE

Trad. de l'anglais (Canada) par Édith Soonckindt
Joëlle Losfeld, Paris, 2006
256 pages
39,95 $

Ce livre, qui a remporté le prix du Gouverneur général en 1966, a déjà été traduit en français sous le titre Un dieu farceur, paru dans la « Collection des deux solitudes » chez l’éditeur torontois McClelland & Stewart. Il a aussi été porté à l’écran par Paul Newman en 1968 sous le titre Rachel Rachel, avec Joanne Woodward dans le rôle-titre. C’est le deuxième volet du « cycle Manawaka », qui comprend également L’ange de pierre (1964), Ta maison est en feu (1969), Un oiseau dans la maison (1970) et Les oracles (1974), romans dont la traduction remonte aux années 1970 et 1980, et qu’il serait grand temps de rééditer. En attendant, le lecteur peut se réjouir de voir une œuvre de la « Divine Canadienne » à nouveau offert en français, même si, comme c’est aussi le cas pour bon nombre de romans signés Robertson Davies, Alice Munro ou Margaret Atwood, l’initiative éditoriale provient d’une maison d’outre-Atlantique.

Le lecteur chercherait en vain la localité de Manawaka sur une carte du Manitoba, car il s’agit d’une ville imaginaire, amalgame de différents paysages et régions des Prairies, dont Neepawa, berceau de l’écrivaine. Margaret Laurence y place ses protagonistes féminins pour donner à voir comment la société fabrique des parias. Dans Une divine plaisanterie, le personnage central, Rachel Cameron, est une maîtresse d’école célibataire de 34 ans, qui occupe avec sa mère le rez-de-chaussée d’une chapelle funéraire. Partagée entre une collègue dévote et lesbienne, un directeur enclin aux châtiments corporels, des élèves auxquels il lui est impossible de s’attacher et d’ennuyeuses soirées de bridge avec les amies de sa mère, Rachel mène une vie des plus décevantes socialement, jusqu’au jour où elle rencontre Nick Kazlik et s’en amourache. Quand celui-ci disparaît sans crier gare, l’existence de Rachel a déjà basculé, car la jeune femme aura appris à assumer au grand jour sa vulnérabilité. Très bien construit et rédigé dans un style fin et limpide, Une divine plaisanterie vaut surtout par l’efficacité du portrait de sa protagoniste, dont on suivra avec bonheur l’évolution psychique à travers de savoureux soliloques.

Publié le 26 novembre 2006 à 20 h 49 | Mis à jour le 20 janvier 2015 à 13 h 48