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Normand de Bellefeuille

UN VISAGE POUR COMMENCER

écrits des Forges, Trois-RiviÈres, 2001
112 pages
10,00 $

Après la bouffée d’air frais que La marche de l’aveugle sans son chien représentait pour Normand de Bellefeuille en 1999, c’est avec intérêt qu’on voudra consulter cette nouvelle suite de poèmes. Sans déception aucune, puisque la dextérité rythmique du précédent ouvrage est toujours au rendez-vous, alors que l’auteur approfondit l’équilibre entre cérébralité et lyrisme qui distingue ses derniers livres de ses œuvres plus anciennes. À partir d’un jeu de répétitions qui pourra agacer si on n’y perçoit le dynamisme musical, on assiste à un tissage à la fois franc et énigmatique, texte à prendre dans tous les sens et de toutes les manières, où le langage s’interpose comme un personnage supplémentaire entre celui qui parle et la jeune fille à laquelle il s’adresse : « prendre les lèvres / du visage / les dents et les gencives / les yeux, tout le globe / puis le nez et tous ses habitants // je vais prendre ton visage / pour commencer. » Entre un sentiment faussement léger et une corrida sexuelle à peine dissimulée, Normand de Bellefeuille s’amuse à confondre le spectateur, louvoyant du bonheur à la déception, égrenant la révélation de ce qui, peut-être, n’a finalement pas eu lieu. Arbitraire et narcissique, la parole n’en révèle pas moins sa nécessité généreuse : « Je vais prendre un visage / qui me laisse libre de penser le contraire / du visage / libre / de mentir d’une seule main » . D’autre part, l’obsession du poète pour la numération ‘ après une suite initiale de 30 poèmes, une seconde partie se déroule en cinq chapitres de 12 textes ‘ ne gêne pas pour autant le naturel du discours. Ce qui laisse à penser que le synthèse du crâne et du cœur appelée par Normand de Bellefeuille dans un essai récent (Lancers légers) se réalise dans ce recueil. Certainement une des œuvres les plus vives encore parmi les poètes de cette génération.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 24 novembre 2014 à 12 h 11