Accueil > Commentaires de lecture > Essai > UN POINT DE CHUTE

Pascale Quiviger

UN POINT DE CHUTE

Bayard, Montréal, 2007
146 pages
24,95 $

Pascale Quiviger pratique deux formes d’art, le dessin et l’écriture romanesque ; elle est donc bien placée pour entreprendre une réflexion sur la création, ses motifs et ses buts. Dans Un point de chute, elle associe le déroulement d’une journée à la destinée d’un geste créatif, de la naissance impulsive d’une vision à sa réalisation. Essai fragmentaire, truffé de courtes histoires qui explicitent un propos toujours élégant, mais quelquefois abscons, l’ouvrage rassemble des expériences créatives, des moments de révélation artistique et fait de la créativité un langage susceptible de donner forme à l’intangible, à l’incommunicable. La mission révélatrice accordée à l’art et au geste créateur consiste ainsi à informer la matière et à faire surgir une nouveauté, une vision renouvelée du monde par l’expérience des formes.

L’auteure propose des associations entre les phases du jour et celles de la création. Ainsi, elle lie le matin à la lumière, qui détermine les pourtours d’une forme par ses contrastes. La luminosité implique une ouverture et un désir de passage, deux attitudes nécessaires pour que l’acte créatif puisse prendre naissance. L’art tient du regard subjectif, de la capacité d’observer les corps et le monde, de saisir leurs pulsations. Une fois cette impulsion de vie créée, les formes peuvent se transformer, croître, se déterminer et en venir à représenter ce qui est observé. Le plein jour implique pour l’écrivaine la nécessité de renoncer à des virtualités pour se pencher sur une seule forme, une image qui se jouera du réel pour en souligner une part cachée, une histoire ou un temps secret, une mémoire enfouie. Ce travail du sens participe de la période associée à la soirée et à la nuit.

Plaidoyer pour l’inutile et le détail, ce par quoi l’instinct peut assumer sa liberté et s’offrir aux découvertes du monde, l’essai de Pascale Quiviger pèche à l’occasion par des formules lapidaires qui imposent une définition stricte de l’art, mais il n’en demeure pas moins qu’il apporte une vision intéressante de la création, en liant l’expérience des sens à celle de créer, en joignant les gestes quotidiens à la découverte de la beauté. C’est d’ailleurs lorsqu’elle part d’exemples concrets et de souvenirs personnels que Quiviger est la plus efficace et réussit à transmettre sa perspective, son talent de romancière prenant le pas sur les démonstrations obscures pour évoquer les images appropriées.

Publié le 1 décembre 2007 à 17 h 00 | Mis à jour le 1 décembre 2007 à 17 h 00