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Numéro 105

Jacques Marchand

UN PETIT GROS AU BAL DES TACITURNES

Fides, Montréal, 2006
213 pages
22,95 $

Par un beau dimanche de mars, la vie bien profilée de Jacques se voit bousculée par l’arrivée de son grand et adipeux frère, Léo, qui vient de sombrer dans la faillite. Bien que de même sang, ces deux êtres semblent être aux antipodes l’un de l’autre. Alors que Jacques est taciturne et mène une vie frugale en tentant d’entretenir son individualité, Léo, bonhomme opulent, vit dans la démesure et la fanfaronnerie. La présence de Merlin, bouledogue lourdaud à l’image de son maître Léo, vient ajouter à l’irritation de Jacques de voir son environnement pris d’assaut par ce frère aux manières expansives. Mais petit à petit, le partage des bonheurs journaliers va rapiécer leur fraternité qui s’était altérée avec les années. Leur nouvelle vie à deux sera entrecoupée d’allers-retours dans leurs souvenirs respectifs. Ainsi, ils apprendront à mieux se connaître et à mettre de côté les préjugés qu’ils avaient l’un envers l’autre.

Ce qui aurait très bien pu être un récit moralisateur opposant le petit frère inoffensif au grand méchant frère s’avère être une œuvre lucide sans hypocrisies, sans mièvreries. L’auteur laisse toute la place à l’essentiel. On se surprend à s’attacher rapidement à ces deux gais lurons. Les aventures quotidiennes qui les opposent ne sont pas sans rappeler nos propres mésaventures. Le récit semble d’ailleurs être une autobiographie maquillée en fiction. Plusieurs péripéties et souvenirs évoqués sont détaillés avec tant de précision et de vraisemblance qu’on les dirait extraits de la vie même de l’auteur. D’ailleurs, certaines références font penser que le Jacques héros du récit n’est pas bien loin de son créateur.

Jacques Marchand nous fait cadeau d’un récit traversé de réflexions lumineuses sur ce qui fait ce que nous sommes et sur la continuité, parfois friable, de la vie. Il philosophe sur la hardiesse des hommes, les excès de la consommation, l’amertume des banlieusards, la grisaille du quotidien et la méfiance de l’humain. Toutefois, une touche d’humour confère au récit une légèreté et une vitalité qui l’empêchent de tomber dans la raillerie. Les propos parfois désabusés des personnages sont également servis par une écriture foisonnante et raffinée. Bref, ce roman au titre farfelu charme dès les premières lignes et étonne par son honnêteté. Littérairement grisant !

Publié le 26 novembre 2006 à 22 h 29 | Mis à jour le 26 novembre 2006 à 22 h 29