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Nancy Huston

LIGNES DE FAILLE

Leméac, Montréal/Actes Sud, Arles, 2006
487 pages
32,95 $

Mausus que c’est une belle histoire ! Pas à la Lelouch, non, à la Huston, c’est-à-dire… Bah ! Vous savez ce que cela signifie. Nancy Huston, chacun la connaît et la fait vibrer dans son intérieur. Alors ma Nancy Huston à moi, du moins pour ce roman, a créé une histoire qu’on voudrait voir se poursuivre indéfiniment ; quand la ligne finale apparaît, on en pleurerait tellement c’est profond, intelligent, historiquement documenté et sensible. En fait, l’auteure tient un bon filon avec cette remontée chronologique sur quatre générations, sorte de portion d’humanité.

C’est toujours fabuleux de se faire raconter une histoire sur fond d’actualité (l’Amérique, le conflit israélo-palestinien, les Lebensborn,…) ; l’avantage et non le moindre : chaque personnage, notamment par le prisme des mots d’enfant, peut offrir son opinion et déranger le politically correct, car après tout un roman (enfin celui-là) ne peut tomber dans les évidences et les ressassements larmoyants

Nancy Huston fait la preuve que les détails sont les éléments constitutifs d’une vie. Même si, de notre angle de vue, certaines personnes agissent de manière ahurissante, l’auteure nous démontre que derrière chaque comportement se cachent une drôle d’histoire et de profonds fragments de vie. Dès lors, le jugement sur autrui est totalement impossible, voire criminel.

Ce pourrait être une histoire de violence, c’est une histoire faite de détails (un grain de beauté, une pendule, une poupée ), ce qui est analogue. Ah ! les secrets de famille, ce calamiteux bagage génétique. D’une certaine manière, Nancy Huston donne raison aux dernières recherches sur les effets épigénétiques : l’hérédité ne se réduit plus aux gènes, mais doit inclure les traumas, les angoisses, les non-dits, les silences des parents, des grands-parents. À remonter le fleuve tumultueux des gènes et des anecdotes qui forment une personnalité, on parvient à un bagage déterminant, donc à une existence.

Peut-être parce que ce livre a fait tinter l’écho d’une mémoire amnésique dans mon histoire, je crois que ce roman mérite de rafler (c’est vraiment le cas de le dire) tous les prix. Nancy Huston nous offre une leçon magistrale.

Publié le 26 novembre 2006 à 22 h 27 | Mis à jour le 26 novembre 2006 à 22 h 27