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Numéro 88

Yannick Villedieu

UN JOUR LA SANTÉ

Boréal, Montréal, 2002
316 pages
25,95 $

Un jour la santé est un livre admirablement bien écrit et fort intéressant. Fruit d’un travail impressionnant mené avec rigueur, le recours à de nombreuses données et à un abondant matériel documentaire est brillamment soutenu par une réflexion intelligente. Ainsi, Yanick Villedieu réussit à faire la part des choses concernant l’état réel de la santé au Québec et les idées généralement répandues à son sujet autour de nombreuses questions très médiatisées : le coût des services, leur privatisation ou encore l’impact du vieillissement de la population. Sous un autre angle, il tente de faire contrepoids au « triomphalisme thérapeutique » en introduisant des bémols vis-à-vis l’enthousiasme médiatique qui entoure généralement ce que l’on désigne par les « progrès » de la médecine. Tout en reconnaissant les avancées indéniables de la science biomédicale, le bilan qu’il trace est moins optimiste lorsqu’il s’interroge notamment sur notre bulletin de santé collectif. En soulignant les limites, résistances ou pertes de vitesse de la médecine et surtout, en désignant les combats à mener pour notre santé, Yanick Villedieu nous invite à revoir la mission salvatrice que nous lui attribuons et se questionne sur ses orientations.

Mais quelles réponses apporter ? Réformes et contre-réformes n’ont rien changé à notre système de santé encore trop orienté vers le curatif et les hôpitaux. Il faut plutôt penser résolument en termes de prévention et aller en amont de la maladie, au cœur de son environnement social, affirme l’auteur. L’orientation à emprunter devrait se résumer prioritairement à la défense de trois fronts : le développement efficace de soins de première ligne au sein d’un réseau socio-communautaire solide, la réhabilitation des services à domicile et enfin la réinsertion de « l’éthique du service public au cœur même du fonctionnement de notre système de santé ». Suivre cette voie, c’est choisir vraiment et durablement la santé, en autant qu’on injecte les sommes nécessaires et que l’on préserve les avantages du caractère public de notre système de soins. Mais c’est également un choix de société, prévient Yanick Villedieu, qui ne pourra véritablement s’exprimer qu’en brisant le huis clos des officines de notre « système de maladie » par une large participation du public dans la détermination des moyens et des finalités de notre santé collective.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 14 janvier 2003 à 14 h 21