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NUIT BLANCHE

Le nouveau roman de l’Acadienne France Daigle pose une question essentielle. «Vivre, mais qu’est-ce que vivre ? », demande un des nombreux personnages, un suicidé qui parle d’outre-tombe.

Questionnement crucial qui hante tous les personnages. Il y a Claudia, une toute jeune Américaine qui accepte de poster la lettre d’un inconnu. Il y a le rabbin qui est peut-être un pope, une jeune femme qui ne fume qu’en public et attend un homme parti courir le monde, une étrange psychanalyste qui répond à la place de ses patients. Il y a Hans, sorte de Hollandais volant moderne, qui dilapide ses richesses et aspire « bel et bien à devenir quelqu’un en ne devenant personne », en détruisant tous ses papiers d’identité. Enfin, il y a Terry et Carmen, jeune couple de Moncton, qui découvrent Paris dans la griserie et l’angoisse d’une première grossesse.

Alors la vie, est-ce cette joie sans repère que prône le pope-rabbin ? Une histoire à laquelle on repense souvent parce qu’elle est née du rêve qu’un inconnu nous a donné dans un aéroport ? Un vent qui devrait porter une majuscule à son nom tel que le prétend l’homme de l’avion qui n’a jamais l’air de lire : l’alizé, le chinook, le mistral, le sirocco, le foehn ? Ou à peine un souffle que les mains ouvertes d’une jeune fille ne peuvent même pas retenir, comme le constate celui qui ne peut plus revenir nous le dire ?

« Il est curieux, quand même, que ni toi, mon fils, ni toi, ma femme ‘ mais qui êtes-vous au juste ? ‘, n’ayez été l’objet de la dernière parcelle de l’infime énergie que j’ai pu diriger vers la terre. J’aurais cru que c’était vous qu’elle atteindrait, mais non. Cette onde minime s’est infiltrée dans un commerce d’une ville américaine, je crois ‘ je perds de plus en plus la trace ‘ et a fait se glisser dans les mains d’une jeune fille cette musique que j’aimais tant, ces Notes orphelines ‘ je ne sais même plus qui les a composées ‘ toutes d’air et de vent. Ce glissement, cette progression presque insensible, voilà tout ce que j’ai pu encore faire, car, pour ce qui est de la jeune fille, elle avait les mains ouvertes. »

À petites touches impressionnistes, Un fin passage de France Daigle prend des allures de conte philosophique dont chaque lecteur crée la morale.

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