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Mode lecture zen

NUIT BLANCHE

« Alistair Mackenzie a soixante-dix ans. Veuf, il vivait seul jusqu’à ce qu’un incendie le chasse de chez lui. Six mois plus tard, il habite chez sa fille », lit-on en quatrième de couverture. À partir de ce moment, tout en s’attachant à décrire de petits événements quotidiens vécus dans cette nouvelle demeure qui ne sera jamais vraiment la sienne, Alistair Mackenzie se revient sur sa vie, et nous la raconte par morceaux, au gré de ses pensées et de ses émotions.

Le récit se présente donc comme une succession de tranches de temps présentées de façon impromptue (non chronologique). Mackenzie nous parle ainsi de la blessure qu’il s’est faite à la guerre, de sa rencontre avec son épouse Mary, des liens intimes, à la fois simples et complexes, qu’il a développés avec elle jusqu’à ce qu’elle s’éteigne dans leur lit au début de la soixantaine ; il évoque ses relations avec sa fille Agnes, mariée à un francophone, et avec son petit-fils François (qui comprend l’anglais mais ne le parle pas), elles aussi marquées par une sorte de fossé de communication aussi subtil qu’insurmontable ; il nous parle aussi de sa carrière de professeur de littérature à l’université et des gens qu’il a connus : Elliott, l’étudiant aveugle ; Martha, l’amie aventurière de Mary ; sa sœur Ruth-Ann qui, après une vie bien remplie, finit ses jours dans l’amnésie et l’absence au monde ; Thrush, professeur accusé de harcèlement sexuel qui se jettera en bas d’un pont ; Tremblay, son voisin du dessus, francophone, si près et si loin à la fois…

À 45 ans, Neil Bissoondath se met dans la peau d’un homme de 70 ans avec un réalisme déconcertant, et nous sert peut-être moins un roman qu’une chronique, sans gradation, sans apogée, où les événements surviennent, où les liens entre personnages se font et se défont sans éclat, le tout exprimé – partagé – sur un ton intime avec la solidité et la tranquillité d’un homme arrivé à un âge où il sait (peut ou doit ?) regarder sa vie telle qu’il l’a vécue, et non pas telle qu’il aurait voulu qu’elle soit. Malgré l’absence de points culminants, Neil Bissoondath sait capter notre attention du début à la fin (aidé ici par une traduction digne de mention) et nous faire suivre délicatement le fil d’une mémoire et, au passage, nous faire réfléchir et nous émouvoir.

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