Michel Beaulieu

TRIVIALITÉS

Le Noroît, Montréal, 2001
140 pages
18,95 $

Alors que le recueil posthume Vu semblait avoir marqué, en 1989, la fin de l’œuvre de Michel Beaulieu, on est agréablement surpris que paraisse la suite de poèmes Trivialités, dont le titre chapeaute à merveille l’entreprise d’illumination du quotidien qui fut celle de cet écrivain. Dévoilant un habile manieur de la syntaxe de même qu’un mage de l’auscultation introspective, les dernières œuvres de Michel Beaulieu demeurent en effet parmi les meilleures occurrences de l’intimisme en poésie québécoise, jamais mièvres malgré un prosaïsme parfois déconcertant.

Foncièrement narratif et autobiographique (d’où la pertinence de l’album photographique présenté en fin d’ouvrage), l’ultime recueil démontre néanmoins une méticulosité formelle toute poétique, ce qui crée une tension réussie entre le flux du vécu et le découpage scriptural. Alors que la succession de douzains décasyllabiques souligne l’abstraction esthétique, la continuité syntaxique entre les poèmes nous plonge plutôt dans un journal où le poète prend la mesure de l’humain, au gré des amours, des intoxications et de l’ennui. Bilan actif, le recueil oscille entre la dérision, la tendresse et le tragique, passant harmonieusement d’un ton à l’autre alors que l’entropie fait elle aussi son œuvre en filigrane : duel inégal où le poète aura eu le mérite de sculpter les contours de sa mort, faute de réellement clore sa démarche artistique.

D’autre part, malgré la qualité toute fraternelle de la préface de Guy Cloutier, on eut souhaité voir Trivialités davantage remis en contexte parmi la trajectoire complexe des livres de Michel Beaulieu, de même qu’en apprendre un peu plus sur les causes de cette publication si tardive. Une obscurité qui n’empêche pas ce livre de nous faire jauger un peu mieux la personnalité du poète mort il y a plus de 17 ans. Ne reste plus à espérer que l’œuvre de Michel Beaulieu sorte davantage de l’ombre, et que le travail de réédition amorcé par Le Noroît donne lieu à d’autres lectures. On a, c’est évident, trop peu exploité la persistante actualité des poèmes de la période allant d’Anecdotes à Trivialités.

Publié le 9 juillet 2003 à 10 h 36 | Mis à jour le 23 novembre 2014 à 22 h 44