Numéro 86

Patrick Imbert

TRANSIT

Vents d'Ouest, Hull, 2001
210 pages
22,95 $

Après avoir publié une importante étude sémiotique sur les idéologies dans les messages publicitaires et les informations (L’objectivité de la presse) suivi d’un recueil de nouvelles remarqué (Le réel à la porte, Prix littéraire Outaouais 1999), l’écrivain canadien Patrick Imbert commet un roman fabuleux, une sorte de roadmovie. On y suit le parcours d’Alex, écrivain et voyageur, partagé entre les abords du Lac Ontario, l’Ouest américain (Albuquerque) et le Salvador, plongé en pleine crise politique. Ce voyage initiatique sera parsemé de rencontres et de découvertes inusitées, en compagnie entre autres de la délicieuse Dolorès et de la pétillante Vanessa.

Dès les premières pages, on est emporté par la richesse du style, le sens du rythme, et surtout cette rare capacité de l’auteur à se renouveler à l’intérieur même de son œuvre. La dernière partie de Transit demeure en ce sens éblouissante, dans la mesure où le romancier crée une nouvelle narration, fondée sur des phrases brèves, évocatrices, hachurées, à la limite de l’ellipse : « Le vent cinglant. La balafre du frimas. Course à l’auto. Moteur. Chauffage. Tout ronfla. Ça tournait. La route. Lacets. La descente. Sans freiner. L’hilarité. L’asphalte et les pneus. Ça chauffait. Dérapage très contrôlé. »

On pense ici à Gabriel García Márquez dans ses bons moments, ou à L’insoutenable légèreté de l’être de Milan Kundera. Je sais que les comparaisons sont injustes, mais j’oserais affirmer que si Woody Allen écrivait des romans, ceux-ci ressembleraient à ce beau livre de Patrick Imbert.

Après s’être plongé dans un livre de Patrick Imbert, on trouve ensuite qu’il manque deux choses fondamentales à la littérature ambiante, qui tout à coup nous semble appauvrie, incapable de véhiculer le même plaisir du texte. Il nous rappelle implicitement qu’un roman n’est pas qu’un simple récit, mais qu’il faut aussi que le lecteur puisse y savourer chaque mot, préalablement choisi et médité. Transit se distingue également dans la mesure où l’auteur nous offre plusieurs moments de distanciation (Alex, le personnage central, écrit dans le roman) et introduit des changements de narrateurs très originaux. Je considère que Transit mérite de déloger les actuels ténors de la littérature canadienne.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 14 janvier 2003 à 14 h 21